Comment se compose le parc nucléaire belge ?

Centrale nucléaire de Tihange

Vue intérieure d’un réacteur de la centrale nucléaire de Tihange (©Electrabel)

En 2026, le parc nucléaire belge ne se compose plus que de 2 réacteurs en service répartis entre 2 centrales(1). Ces tranches sont des réacteurs à eau pressurisée (REP ou PWR en anglais), soit de même type que les 57 réacteurs du parc nucléaire français. Connectés au réseau en 1985, ces deux derniers réacteurs nucléaires belges sont exploités par Electrabel, filiale du groupe français Engie(2).

En 2025, 3 réacteurs nucléaires ont été arrêtés en Belgique (Doel 1, Tihange 1 et Doel 2).

Répartition des réacteurs nucléaires belges

Les 2 réacteurs nucléaires belges encore en service sont répartis entre :

  • la centrale de Doel en Flandre (à 15 km du port d’Anvers et près de la frontière néerlandaise), composée d'un réacteurs en service (Doel 4) d’une puissance cumulée de 1 GW. Doel 3 a été mis à l'arrêt en septembre 2022, puis Doel 1 et Doel 2 ont été définitivement arrêtés le 14 février 2025 et le 30 novembre 2025 ;
  • la centrale de Tihange en Wallonie (à 30 km de Liège), composée d'un réacteur en service (Tihange 3) d’une puissance cumulée de près de 1 GW. Tihange 2 et Tihange 1 ont respectivement été arrêtés fin janvier 2023 et fin septembre 2025.

La carte ci-après précise la localisation de ces réacteurs (en mentionnant encore les tranches arrêtées en 2025).

Carte et composition du parc nucléaire belge

Production nucléaire belge

En 2025, le nucléaire était encore de loin la première source d'électricité en Belgique (22,5 TWh produits l'an dernier, soit 34,2% du mix électrique national), mais sa production a baissé pour la cinquième année consécutive. En 2024, le parc nucléaire belge avait généré près de 30,7 TWh, soit 42,2% de la production d'électricité dans ce pays selon les données de l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique)(3). La production nucléaire belge va poursuivre son déclin en 2026, avec une capacité installée du parc quasiment réduite de moitié par rapport à début 2025.

Historique de production

La production nucléaire belge a historiquement dépassé le seuil des 40 TWh par an à partir de la fin des années 1980, avant de connaître des baisses significatives en 2012, 2014 et 2015 (creux de 26,1 TWh). Les réacteurs Doel 3 et Tihange 2 ont en effet été à l'arrêt entre juin 2012 et juin 2013 puis entre mars 2014 et décembre 2015, après la découverte de fissures. 

Après avoir rebondi en 2016, la production du parc nucléaire belge a atteint un pic de 50,3 TWh en 2021, avant de baisser à nouveau fortement suite aux arrêts définitifs des réacteurs Doel 3 et Tihange 2 (auxquels s'ajoute depuis les fermetures de Doel 1, Tihange 1 et Doel 2 en 2025).

Évolution de la production électrique d'origine nucléaire en Belgique entre 1965 et 2023 (données de l'AIE)
AnnéeProduction en TWh
19650
19660,01
19670,09
19680,06
19690,02
19700,06
19710
19720,01
19730,08
19740,15
19756,8
197610,0
197711,9
197812,5
197911,4
198012,55
198112,9
198215,7
198324,1
198427,7
198534,6
198639,4
198742,0
198843,1
198941,2
199042,7
199142,9
199243,5
199341,9
199440,6
199541,4
199643,3
199747,4
199846,2
199949,0
200048,2
200146,35
200247,4
200347,4
200447,3
200547,6
200646,65
200748,2
200845,6
200947,2
201047,9
201148,2
201240,3
201342,6
201433,7
201526,1
201643,5
201742,2
201828,6
201943,5
202034,4
202150,3
202243,9
202333,4

Fissures et inquiétude de l'Allemagne

Des fissures sur les réacteurs Doel 3 et Tihange 2 ont été découvertes en 2012 : elles étaient dues à l'action de l'hydrogène au moment de la fabrication des cuves en acier il y a plus de trente ans. Le réacteur de Doel 3 en comptait environ 13 000 et celui de Tihange 3 150, et les plus grandes atteignant 18 centimètres. 

L'Allemagne avait demandé l'arrêt temporaire de ces deux réacteurs, en chargeant une commission d'experts allemands de se pencher sur leur sûreté. En décembre 2015, suite à un début d'incendie (rapidement maitrisé) dans la partie non nucléaire de la centrale de Tihange, les Verts allemands insistaient en déclarant que c'était « la preuve tangible que la prolongation de cette centrale très vieille et en mauvais état est une idée misérable et dangereuse ».

« C'est vrai qu'à partir d'août 2015 se sont produits une série d'événements qui, pris individuellement, n'étaient pas graves, mais qui, mis ensemble, montraient qu'il s'avérait nécessaire de remettre au bon niveau cette notion de prise au pied de la lettre de la réglementation », constatait la patronne d'Engie Isabelle Kocher. Selon elle, « l'organisation de la sûreté » était « trop fragmentée » chez Electrabel.

Le réacteur Doel 3, dont la vétusté était régulièrement dénoncée, avait de nouveau été mis à l'arrêt de septembre à avril 2018 pour des travaux d'entretien qui étaient programmés (prolongés en raison d'une « dégradation plus avancée que ce qui est permis par les conditions d'exploitation »). Il a été définitivement arrêté en septembre 2022.

2003 : une loi pour une sortie progressive du nucléaire

Le calendrier de la loi de 2003

En janvier 2003, une loi avait prévu l’arrêt progressif de tous les réacteurs belges au bout de 40 ans d’exploitation(4), soit au plus tard en 2025 (pour les plus récents d’entre eux, Doel 4 et Tihange 3).

Il était prévu de « désactiver » les 7 réacteurs composant alors le parc nucléaire belge et de cesser leur production d'électricité « dès cet instant » aux dates suivantes (par ordre chronologique) :

  • Doel 3 : 1er octobre 2022 ;
  • Tihange 2 : 1er février 2023 ;
  • Doel 4 : 1er juillet 2025 ;
  • Tihange 3 : 1er septembre 2025 ;
  • Tihange 1 : 1er octobre 2025 ;
  • Doel 2 : 1er décembre 2025 ;
  • Doel 1 : 15 février 2025.

La loi prévoyait également qu' « aucune nouvelle centrale nucléaire destinée à la production industrielle d'électricité à partir de la fission de combustibles nucléaires, ne peut être créée et/ou mise en exploitation ».

Revirements et prolongation d'exploitation du parc

Après plusieurs revirements, la Belgique a toutefois prolongé en novembre 2015 la durée d’exploitation de ses deux plus anciens réacteurs nucléaires de 10 ans (Doel 1 et 2). Et le gouvernement belge a signé un accord avec Engie en juin 2023 pour Doel 4 et Tihange 3 « pour redémarrer les unités nucléaires de Doel 4 et Tihange 3 dès novembre 2026, voire dès novembre 2025 » après un arrêt éventuel d'entretien, qui laissera le cas échéant la Belgique sans énergie nucléaire lors de l'hiver 2025-2026... avant qu'une prolongation soit envisagée.

L'envolée des prix du gaz - sur fond de limitation des achats d'hydrocarbures russes en Europe - et la crainte de pénuries d'électricité en Europe ont poussé le gouvernement à négocier avec Engie cette prolongation pour dix ans des réacteurs Tihange 3 et Doel 4, qui étaient censés s'arrêter, eux aussi, pour de bon en 2025. « Cet accord renforce notre approvisionnement en électricité, réduit la dépendance énergétique de notre pays et garantit la production en Belgique d'une électricité décarbonée et bon marché », salue alors le Premier ministre belge Alexander De Croo. « C'est le seul accord que nous pouvions signer » pour garantir aux Belges « une facture d'énergie abordable » selon la ministre de l'Énergie Tinne Van der Straeten.

Ce compromis a été jugé insuffisant par les libéraux francophones du Mouvement réformateur (MR) qui ont réclamé l'abrogation de la loi de 2003 afin d'envisager d'autres prolongations.

Vers un retour en grâce, malgré les arrêts ?

Accord avec l'État belge en mars 2025

Près de 8 mois après les élections fédérales belges, le nationaliste flamand Bart De Wever a composé un nouveau gouvernement (dans une nouvelle coalition incluant le MR) en février 2025. L'accord de gouvernement conclu prévoit entre autres de revenir sur la loi belge de 2003 sur la sortie du nucléaire. Lors de sa déclaration de politique générale. Bart De Wever a confirmé son intention de « mettre un terme à une loi dépassée » : deux articles de la loi de 2003 (celui fixant le calendrier de désactivation des réacteurs en service, et un autre ayant trait à « l'interdiction de produire de l'énergie à base d'atome » devraient ainsi être supprimés selon le nouveau ministre de l'Énergie Mathieu Bihet.

Engie a annoncé le 14 mars 2025 la finalisation d'un accord avec l'État belge (parfois qualifié d'accord « Phoenix »), concernant la prolongation pour 10 ans des réacteurs nucléaires de Tihange 3 et de Doel 4, « ainsi que le transfert de responsabilité lié aux déchets nucléaires ». Cet accord fait suite au feu vert de la Commission européenne fin février 2025.

« Doel 4 et Tihange 3 seront détenus dans le cadre d'une co-entreprise appartenant à parité à l'État belge et Engie, avec un mécanisme de contrat pour différence permettant un partage équilibré des risques », précise Engie dans son communiqué(5).

Vote de mai 2025 : la Belgique renonce à sortir du nucléaire

Le Parlement belge a voté le 15 mai 2025 à une large majorité l'abrogation de la loi de 2003 sur la sortie du nucléaire. Toute référence à une sortie de l'atome en 2025 est ainsi supprimée, tout comme l'interdiction de construire de nouvelles capacités de production nucléaire.

Le texte voté en mai 2025 offre la possibilité d'étendre la durée de vie d'autres réacteurs, au-delà des deux déjà prolongés pour dix ans - jusqu'en 2035 - après l'accord conclu en 2023 entre l'État belge et l'exploitant. « Le Parlement fédéral vient de tourner la page de deux décennies de blocages et d'hésitations pour ouvrir la voie à un modèle énergétique réaliste et résilient », a salué le ministre belge de l'Énergie Mathieu Bihet à cette occasion.

Le réacteur de Tihange 1 a toutefois été depuis arrêté le 30 septembre 2025, après 50 ans d'exploitation(6, comme le réacteur de Doel 2 fin novembre 2025, principalement en raison des importants travaux de maintenance qui auraient dû être anticipés.

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