Idée reçue : une centrale ou un réacteur nucléaire, « c'est la même chose »

Centrale nucléaire de Paluel

La centrale nucléaire de Paluel dispose de quatre tranches de 1 300 MW chacune. (©EDF-Didier Marc)

Il est courant que le terme de « centrale » nucléaire soit employé à tort au lieu de « réacteur » nucléaire. Cette confusion peut de fait aboutir à des ordres de grandeur totalement biaisés (sachant que le monde compte 415 réacteurs nucléaires en service répartis entre près de 170 centrales selon l'AIEA).

Une centrale nucléaire désigne l’ensemble d’un site nucléaire produisant de l’électricité à partir de la fission de noyaux atomiques. Elle se compose d’un ou de plusieurs réacteurs, organisés en tranches nucléaires.

Composition d'une tranche nucléaire

Une centrale nucléaire produit de l'électricité en utilisant généralement la chaleur dégagée par la fission des atomes d'uranium. Chaque « tranche » nucléaire est constituée :

- d’une partie « nucléaire », comprenant un réacteur nucléaire, enceinte au sein de laquelle une réaction de fission en chaîne est initiée afin de libérer de la chaleur et de générer de la vapeur ;

- d’une partie « électrique », au sein de laquelle la vapeur actionne une turbine couplée à un alternateur, générant ainsi de l’électricité ;

- de bâtiments annexes (salle de commandes, bâtiment dédié au stockage du combustible, etc.).

Une centrale nucléaire inclut le plus souvent 2 à 4 réacteurs nucléaires qui sont répartis en tranches d’une puissance unitaire moyenne de 1 000 MW (la centrale fournit dans ce cas une puissance cumulée de 2 000 à 4 000 MW).

Combien de centrales et de réacteurs nucléaires par pays ?

Au 13 avril 2026, 415 réacteurs nucléaires sont « en opération » à travers le monde, selon les données de l'AIEA. Ces 415 réacteurs sont répartis au sein de près de 170 centrales nucléaires(1).

Les États-Unis possèdent le plus grand nombre de centrales et de réacteurs nucléaires (54 centrales, 94 réacteurs), suivis par la France (18 centrales, 57 réacteurs) et la Chine (17 centrales, 57 réacteurs). 

Nombre de centrales et de réacteurs nucléaires par pays
PaysCentrales en fonctionnement ou en arrêt temporaireRéacteurs « opérationnels »Capacité nucléaire cumulée (en MWe)
Monde171416376 591 MW
États-Unis549496 952 MW
France185763 000 MW
Chine (incluant le réacteur de Taïwan)196058 721 MW
Russie10 (en comptant l'Akademik Lomonosov)3427 969 MW
Corée du Sud82625 609 MW
Canada41712 714 MW
Japon814 (+ 19 « suspendus » selon l'AIEA)12 631 MW (+ 19 048 MW « suspendus »)
Ukraine41513 107 MW
Inde7217 430 MW
Espagne577 123 MW
Suède367 011 MW
Royaume-Uni495 883 MW
Émirats arabes unis145 348 MW
Finlande254 369 MW
République tchèque263 972 MW
Belgique222 056 MW
Pakistan263 262 MW
Suisse342 973 MW
Slovaquie252 306 MW
Biélorussie122 220 MW
Bulgarie122 006 MW
Hongrie141 916 MW
Brésil121 884 MW
Afrique du Sud121 854 MW
Argentine231 631 MW
Mexique121 552 MW
Roumanie121 300 MW
Iran11915 MW
Slovénie11696 MW
Pays-Bas11482 MW
Arménie11416 MW

Notons que le Bangladesh (1 centrale en construction comprenant 2 réacteurs), l’Égypte (1 centrale en construction, 4 réacteurs) et la Turquie (1 centrale en construction, 4 réacteurs), n’ont par ailleurs aucune centrale nucléaire en service à l'heure actuelle, mais que des projets sont en chantier dans ces pays.

Histoire de l'expansion du nucléaire civil

Les années 1940-1950 marquent l'ère de la découverte et des premières applications de l'énergie nucléaire, qui est d'abord utilisée dans un cadre militaire, avec les bombes atomiques. Après la Seconde Guerre mondiale, des recherches civiles émergent, notamment aux États-Unis et en URSS, avec la mise en service des premiers réacteurs expérimentaux.

En 1954, la première centrale nucléaire au monde est raccordée au réseau électrique à Obninsk en Russie. L’essor industriel du nucléaire débute au début des années 1960 et se poursuit jusqu'à la fin des années 1980. 

Evolution du parc nucléaire entre 1954 et 2011 (©2012)

Après une forte extension du parc nucléaire mondial, la catastrophe de Tchernobyl en 1986 crée une onde de choc mondiale, provoquant un recul dans certains pays et une remise en question de la sûreté nucléaire. Le développement du nucléaire ralentit, mais la demande persiste dans des pays comme la Chine et la Corée du Sud.

Les critiques à l'encontre du nucléaire et les craintes associées (sûreté, démantèlement, gestion des déchets, coût en hausse, etc.) ont conduit des pays à amorcer une sortie du nucléaire au cours de la dernière décennie (comme l'Allemagne), tandis que d'autres pays ont au contraire poursuivi le développement de leur parc nucléaire (Chine en tête). 

Le nucléaire - qui compte pour près de 10 % de la production mondiale d'électricité - connaît actuellement une nouvelle dynamique, mise en exergue lors d'un sommet consacré à la filière à Paris en mars 2026. Outre la trentaine de pays exploitant déjà cette énergie, « une quarantaine d'(autres) pays ont manifesté un intérêt ferme », y a entre autres affirmé Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), à quelques journalistes.

« Il est dans l'intérêt des pays européens, pour leur sécurité énergétique et pour leur souveraineté, de développer davantage leurs énergies renouvelables - solaire, éolienne et autres - et d'opérer un retour en force de l'énergie nucléaire », a par ailleurs souligné Fatih Birol, le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

La recherche sur les réacteurs de nouvelle génération se poursuit également, en parallèle d'un fort développement des énergies renouvelables.

Et en France ?

En France, il existe 57 réacteurs nucléaires en activité, répartis entre 18 centrales. Ces centrales sont les suivantes :

- Centrale de Gravelines (située dans le Nord, plus puissante centrale nucléaire en France avec 6 réacteurs en service, elle compte pour environ 9% de la production nucléaire française).

- Centrale de Paluel (Normandie, 4 réacteurs) ;

- Centrale de Penly (Normandie, 2 réacteurs) ;

- Centrale de Cattenom (Lorraine, 4 réacteurs) ;

- Centrale de Flamanville (3 réacteurs dont 2 de 2e génération et l'EPR dit « Flamanville 3 »).

- Centrale de Tricastin (Drôme, 4 réacteurs, site de traitement du combustible nucléaire) ;

- Centrale de Saint-Alban (située près de Lyon, 2 réacteurs) ;

- Centrale du Blayais (située près de Bordeaux, 4 réacteurs) ;.

- Centrale de Belleville-sur-Loire (Centre-Val de Loire, 2 réacteurs) ;

- Centrale de Nogent-sur-Seine (Champagne-Ardenne, l'une des plus récentes du parc français, 2 réacteurs)

- Centrale de Chooz (Ardennes à proximité de la frontière belge, 2 réacteurs) ;

- Centrale de Civaux (Vienne, 2 réacteurs) ;

- Centrale de Dampierre (Loiret, 4 réacteurs) ;

- Centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne, 2 réacteurs) ;

- Centrale de Bugey (Ain, près de Lyon, l'une des plus anciennes en France, 4 réacteurs) ;

- Centrale de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher, 2 réacteurs) ;

- Centrale de Cruas-Meysse  (Ardèche, 4 réacteurs) ;

- Centrale de Chinon (Indre-et-Loire, 4 réacteurs).

Localisée près de la frontière allemande, la centrale de Fessenheim de deux réacteurs a été arrêtée en 2020 après des décennies d'activité(2).

Les 18 centrales nucléaires françaises en images.

dernière modification le

Sources / Notes

1 - Base de données PRIS de l'AIEA.

2 - Marcoule, située dans le Gard, est l'un des premiers sites nucléaires français, dédié initialement à la production de plutonium pour des usages militaires. Inaugurée en 1955, elle abrite le réacteur G1, le premier réacteur nucléaire en France. Bien que conçu pour produire du plutonium, il a également contribué à la production d’électricité. Marcoule a marqué le début du programme nucléaire français, et continue de jouer un rôle clé dans le retraitement des déchets et la recherche nucléaire.
La centrale nucléaire de Chinon a été la première en France à être raccordée au réseau électrique en 1963. Dotée de réacteurs UNGG (uranium naturel graphite gaz), Chinon A1 a produit de l’électricité à partir de 1963, devenant un symbole du passage à une production d'énergie civile. Située dans l'Indre-et-Loire, cette centrale a marqué une étape importante dans l'industrialisation du nucléaire en France. Chinon reste aujourd'hui encore un site majeur du parc nucléaire français.

Sur le même sujet