Pétrole et électricité : les recommandations de l’AIE à l’Irak

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Irak

L’Irak pourrait devenir le 4e producteur mondial de pétrole devant le Canda à l’horizon 2030, selon l’AIE. (©Pixabay)

L’Irak a connu des « changements profonds » au cours des dernières années et constitue l’un des principaux producteurs de pétrole dans le monde, souligne l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans un rapport publié le 25 avril(1). L’Agence y fait part de ses recommandations au gouvernement irakien, pour que celui-ci relève notamment les importants défis de son secteur électrique et gère au mieux ses abondantes ressources de pétrole et de gaz.

Une production pétrolière encore appelée à fortement augmenter d’ici à 2030

Au cours de la dernière décennie, le secteur pétrolier irakien a connu « de fortes turbulences » mais a réussi - malgré la guerre contre le groupe État Islamique et les fortes variations des cours mondiaux du brut - à doubler sa production, souligne l’AIE. Au niveau mondial, l’Irak est désormais le 5e producteur de pétrole (près de 4,7 millions de barils par jour en 2018(2)) et le 3e exportateur de brut.

La production irakienne de pétrole pourrait encore augmenter de 1,3 Mb/j d’ici à 2030 selon les estimations de l’AIE (ce qui pourrait constituer la 3e plus forte hausse de production pour un pays durant cette période, après les États-Unis et le Brésil). Cette hausse dépendra toutefois des marchés internationaux et de la mise en œuvre par les autorités irakiennes de grandes mesures : assurer la disponibilité de volumes d’eau suffisants à injecter dans les puits (pour améliorer la récupération de pétrole(3)), attirer les capitaux étrangers et assurer un cadre politique stable.

Si l’Irak parvient à progresser sur ces points, le pays pourrait être le 4e producteur de pétrole au monde en 2030 selon l’AIE (avec une production de presque 6 Mb/j), après les États-Unis, l’Arabie saoudite et la Russie et devant le Canada. L’AIE précise que les projets pétroliers en Irak figurent, en dépit des difficultés rencontrées, « parmi les moins coûteux au monde ».

L’AIE rappelle par ailleurs que l’Irak, après avoir augmenté sa production pétrolière, a « torché » près de 16 milliards de m3 de gaz en 2018 (soit « presque le double des volumes de gaz associé arrivant sur le marché » irakien). L’Agence appelle à davantage capturer ce gaz associé à la production pétrolière, alors que la demande irakienne de gaz - à des fins de production électrique - est en forte hausse.

Rappelons que les secteurs pétrolier et gazier comptent pour presque 60% du PIB irakien et pour 99% des revenus nationaux liés aux exportations. L’économie irakienne reste ainsi « une des plus dépendantes au pétrole dans le monde », souligne l’AIE.

Production de pétrole de l'Irak
En 2030, l’Irak pourrait fournir près de 6% de l’offre mondiale de pétrole selon les estimations de l’AIE, contre 5% en 2018 et moins de 3% en 2010. (©Connaissance des Énergies, d’après AIE)

L’approvisionnement en électricité, un chantier prioritaire pour l’Irak

L’Irak « ne produit pas assez d’électricité pour satisfaire la demande » intérieure, constate l’AIE. Et les besoins électriques du pays pourraient doublier d’ici à 2030 selon les estimations de l’Agence (atteignant près de 150 TWh par an à cet horizon), sachant que la population irakienne augmente chaque année de plus d’un million d’habitants(4).

Le mauvais état des réseaux de distribution et de transport d’électricité en Irak est à l’origine de pertes en ligne parmi les plus élevées au monde (50% à 60% de pertes)(5). La maintenance et le renforcement du réseau électrique constituent ainsi une priorité, qui plus est dans un pays où la canicule estivale engendre de forts pics de demande(6) (besoins de refroidissement). Les coupures d’électricité font l’objet de protestations importantes de la population.

En 2018, la production irakienne d’électricité reposait à plus de 55% sur le gaz naturel (contre seulement 20% en 2012), des centrales continuant à consommer par ailleurs des hydrocarbures liquides avec une moins bonne efficacité. Outre le réseau électrique « conventionnel », la population a recours pour 20% de ses besoins en moyenne à de petits générateurs « de quartier », à des tarifs très élevés (de 600 à 1 200 $/MWh selon l’AIE).

L’Irak devrait à moyen terme davantage tirer parti de « son potentiel abondant en matière d’énergie renouvelable », recommande l’AIE. Selon les estimations de l’Agence, le solaire photovoltaïque et l’éolien pourraient compter pour 30% du mix national de production électrique en 2030. En réduisant par ailleurs les pertes de réseau, l’AIE estime que ces évolutions pourraient « libérer 9 milliards de m3 de gaz en 2030 pour d’autres usages et plus de 450 000 barils par jour de pétrole pour des exportations ».

Outre les investissements dans les réseaux de transport et de distribution d’électricité et la modernisation des installations de production, l’AIE appelle également à appliquer une tarification progressive de l’électricité, afin que cette dernière soit « plus abordable pour les ménages à faible revenu » tout en incitant à réduire la demande. Selon l'Agence, l'approvisionnement électrique de l'Irak constitue in fine un indicateur « pour mesurer les progrès » du pays en matière d'énergie.

Puissance électrique en Irak
Sans changements de la structure d’approvisionnement et de renforcement du réseau, les importations d’électricité pourraient doubler d’ici à 2030, avertit l’AIE. (©Connaissance des Énergies, d’après AIE)

Sources / Notes
  1. Iraq’s Energy Sector: A Roadmap to a Brighter Future, AIE, avril 2019.
  2. En 2012, l’Irak envisageait de porter à plus de 12 Mb/j sa production de pétrole à l’horizon 2017. Cette ambition a été mise à mal par la chute des prix qui a débuté mi-2014 et par la montée en puissance du schiste américain, indique l’AIE.
  3. Près de 80% des champs pétroliers en Irak auraient un taux de récupération initial compris entre 15% et 40%. De l’eau est injectée dans les gisements pour récupérer davantage de pétrole.
  4. Plus de 40% de la population irakienne a moins de 14 ans.
  5. Diviser par deux ces pertes reviendrait à augmenter d’un tiers les capacités électriques disponibles dans ce pays selon l’AIE.
  6. Le pic d’appel de puissance a augmenté de 80% entre 2012 et 2018.