L'hydroélectricité en Afrique face aux risques climatiques

Chutes de Victoria sur le Zambèze

Vue des chutes Victoria situées sur le fleuve Zambèze. (Pixabay-Jürgen Bierlein)

En Afrique, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) appelle la filière hydroélectrique à mieux mesurer et prendre en compte les risques liés aux changements climatiques(1).

17% de la production africaine d’électricité

L’hydroélectricité compte actuellement pour 17% de la production africaine d’électricité en moyenne selon l’AIE. Cette part pourrait potentiellement s’élever à plus de 23% en 2040, si les efforts annoncés « vers une transition énergétique propre et un accès universel à l’énergie » sont couronnés de succès.

Le continent dispose « encore d’un énorme potentiel hydroélectrique, exploitable tant d’un point de vue technique qu’économique », souligne l'AIE. Dans certains pays africains, les centrales hydrauliques génèrent d’ores et déjà plus de 80% de la production nationale d'électricité (République démocratique du Congo, Éthiopie, Malawi, Mozambique, Ouganda, Zambie).

L’AIE déplore toutefois le fait que les risques climatiques(2) soient rarement pris en considération dans les nouveaux projets hydroélectriques, alors même que ces derniers ont une durée de vie longue(3). L'agence souligne que les variations de températures et de précipitations pourraient sensiblement affecter la filière en Afrique dans les prochaines décennies, avec des évolutions contrastées d’une zone à une autre du continent : « l'Afrique australe devrait connaître un climat plus sec avec des épisodes plus fréquents de faibles précipitations, tandis que l'Afrique de l'Est devrait connaître un climat plus humide avec des pluies abondantes plus fréquentes ».

Dans certaines zones, « le manque d’eau(4) implique que la production hydroélectrique peut entrer en compétition avec d’autres usages » de cette ressource vitale, souligne l'AIE. L'agence rappelle que de trop fortes précipitations présentent aussi des risques pour la filière : le cyclone tropical Idai a par exemple provoqué en 2019 « des inondations et un excès de débris qui ont endommagé et provoqué l’arrêt de deux centrales hydroélectriques au Malawi » (réduisant de plus de 80% les capacités hydroélectriques disponibles dans le pays et provoquant de larges perturbations sur le réseau électrique pendant plusieurs jours).

L’impact des risques climatiques estimé par l’AIE

Dans un rapport publié mi-juin 2020, l’AIE présente ses estimations, à partir de modèles hydrologiques(5), sur l’évolution entre 2020 et 2099 des facteurs de charge de 64 centrales hydroélectriques en Afrique(6) (dans 13 pays) et compare ses prévisions aux données disponibles de 2010 à 2019. L’agence conclut notamment que ces facteurs de charge pourraient, en fin de siècle, « baisser d’approximativement 3% en moyenne entre 2060 et 2099 par rapport à la période de base 2010-2019 » en raison du changement climatique(7).

Cette baisse de facteur de charge peut sembler « négligeable au premier abord » mais il s’agit d’une moyenne, certains pays comme le Maroc(8) étant amenés à connaître des impacts bien plus importants. Au total, l’AIE estime que la production attendue des 64 centrales hydroélectriques considérées pourrait être réduite « de près de 130 TWh sur la période de 2020 à 2099, l’équivalent de l’ensemble de la production hydroélectrique en Afrique en 2017 ».

L’AIE appelle ainsi à mettre en place des « mesures pour augmenter la résilience » des centrales hydroélectriques en Afrique. Certaines de ces mesures sont qualifiées de « douces » comme développer un cadre réglementaire pour mieux prendre en compte les risques climatiques(9), et d'autres de « difficiles » comme augmenter la hauteur des barrages hydroélectriques ou modifier le type de turbines en les adaptant aux débits d’eau prévus(10).

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Sources / Notes
  1. Climate Impacts on African Hydropower, AIE juin 2020.
  2. Ces risques résultent selon l’AIE de « l’interaction entre dangers, exposition et vulnérabilité ».
  3. Généralement « de 50 à 100 ans » selon l’AIE.
  4. L’Afrique dispose de moins de 9% des ressources mondiales « d’eau fraîche renouvelable » selon l’Unesco (la moitié de ces ressources étant concentrée dans seulement 6 pays du continent).
  5. Modélisation hydrologique, INRAe.
  6. D’une puissance cumulée de plus de 18 000 MW (soit environ la moitié de la puissance installée de l’ensemble du parc hydroélectrique africain).
  7. Dans les deux scénarios étudiés par l’AIE (« susceptible de rester sous 2°C » de réchauffement et « plus incertain de rester sous 3°C » de réchauffement).
  8. Si l’impact est jugé significatif sur la plupart des pays africains, les changements devraient être plus sensibles dans certains pays : le facteur de charge moyen du parc hydroélectrique pourrait ainsi chuter « considérablement » au Maroc, en Zambie, au Zimbabwe, en République démocratique du Congo et au Mozambique.
  9. Les pays du bassin du Nil (notamment l’Égypte, l’Éthiopie, le Soudan et l’Ouganda) pourraient pour leur part voir leur production hydroélectrique augmenter dans un scénario de « moins de 2°C » de réchauffement, sans pouvoir éviter « les impacts négatifs liés à l’augmentation de la variabilité interannuelle dans un scénario d’environ 3°C » de réchauffement.
  10. Avec notamment une restriction du développement de centrales dans les zones « vulnérables ».
  11. Parmi les barrières à la mise en place de ces mesures, l’AIE souligne le manque d’informations fiables et accessibles sur les risques climatiques en Afrique.