D'où vient le gaz naturel importé en France ?

Golden Pass LNG

La Norvège et les États-Unis sont les deux principaux fournisseurs de gaz naturel de la France. Le gaz américain est devenu une source majeure d'approvisionnement, pour s'affranchir de la Russie. Ici, une installation de liquéfaction aux États-Unis. (©Golden Pass LNG)

La très grande majorité de la demande française de gaz naturel est actuellement satisfaite grâce aux importations(1). Ces dernières se sont élevées à 481 TWh PCS (pouvoir calorifique supérieur(2)) en 2024.

Contrairement à une idée assez répandue, même avant l'invasion de l'Ukraine et la hausse des importations de GNL américain, le principal fournisseur de gaz de la France n'était pas la Russie... mais la Norvège.

La Norvège, 1er fournisseur de gaz de la France

Les principaux fournisseurs de gaz de la France sont, d'après le ministère de la Transition écologique (édition 2025 de sa publication de référence « Chiffres clés de l'énergie »(3)) : 

- la Norvège (40 % des importations en 2024, en hausse de 7 points par rapport à 2023) ; 

- les États-Unis (21 %, en baisse de 5 points par rapport à 2023) ;

- la Russie (18 %) ; 

- l'Algérie (11 %).

Les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) sont majoritaires depuis plusieurs années, dopées par l'invasion de l'Ukraine par la Russie et la recherche de sources alternatives au gaz russe. Elles ont compté pour 57 % des importations françaises de gaz (contre 35 % en 2021), « bien qu’entre 2023 et 2024 elles se replient davantage (- 13,3 %) que celles de gaz gazeux (- 4,5 %) », précise le ministère de la Transition écologique.

Part du GNL dans les importations françaises de gaz

Source : SDES, Bilan énergétique de la France

Les importations françaises avant la guerre en Ukraine

Même avant le début de l'invasion de l'Ukraine et la crise énergétique de 2022 (entraînant une envolée des livraisons de GNL américain), la Russie n'était donc pas le premier fournisseur de gaz de la France, mais le deuxième après la Norvège. Ces deux pays comptaient déjà pour plus de la moitié des entrées brutes de gaz en France en 2020 (36% pour la Norvège et 17 % pour la Russie)(4).

Origine des importations françaises de gaz naturel en 2020

La catégorie « autres et indéterminés » englobe principalement les achats de gaz naturel sur les marchés du Nord-Ouest de l'Europe sur lesquels le lieu de production n'est pas connu avec précision. (©Connaissance des Énergies)

Malgré l’importance historique de quelques fournisseurs, la France a diversifié l’origine de ses importations afin de limiter les conséquences d’aléas techniques ou politiques éventuels (ex : conflits gaziers russo-ukrainiens). À cet égard, les importations sous forme de gaz naturel liquéfié ont notamment permis à la France de s’approvisionner auprès de nouveaux fournisseurs (comme les États-Unis) en acheminant du gaz jusqu’aux terminaux méthaniers, indépendamment du réseau existant de gazoducs.

« Depuis la guerre en Ukraine nous avons cherché à réduire notre sensibilité au gaz russe et à remplacer ces approvisionnements russes par du gaz d'autres provenances », soulignait ainsi Claire Waysand, directrice générale adjointe d'Engie, en août 2022.

Origine des importations françaises de GNL

Les importations françaises de gaz naturel liquéfié se sont envolées ces dernières années. Elles ont régulièrement progressé entre 2015 et 2019 (6,4 milliards de m3 en 2015, 9,1 Gm3 en 2016, 10,9 Gm3 en 2017, 12,7 Gm3 en 2018, 23,2 Gm3 en 2019) avant de doubler entre 2021 (17,6 Gm3) et 2022 (35,5 Gm3), dans le contexte de la chute des livraisons de gaz russe.

En 2023, la France - qui dispose de 4 terminaux de regazéification (Fos Cavaou, Tonkin, Montoir-de-Bretagne et Dunkerque) -  était toujours le premier importateur de GNL en Europe (30,7 Gm3), devant l'Espagne (24,9 Gm3) et le Royaume-Uni (19,4 Gm3), selon le « Statistical Review of World Energy 2024 » de l'Energy Institute.

Les principaux fournisseurs de GNL de la France en 2023 étaient :

- les États-Unis (43% des flux de GNL vers la France en 2023 avec 13,2 Gm3) ;

- l'Algérie (18,2% avec 5,6 Gm3) ;

- la Russie (15,6% avec 4,8 Gm3) ;

- le Qatar (7,5% avec 2,3 Gm3) ;

- l'Angola (2,9% avec 0,9 Gm3) ;

- le Nigéria (près de 2% avec 0,6 Gm3) ;

- le Pérou et Trinité-et-Tobago (environ 1,3% chacun, avec 0,4 Gm3 provenant de chacun de ces 2 pays).

Quid des importations de gaz au niveau de l'UE ?

En 2025, la Norvège était le principal fournisseur de gaz de l'Union européenne (97,2 milliards de m3, soit 31,1 % des importations européennes de gaz)(5).

La Russie, fournisseur historique majeur des pays européens, comptait encore pour 13,1 % des importations gazières de l'UE en 2025. Ce qui constitue un recul majeur : en 2019, ce pays comptait pour près de 41 % des importations gazières de l'UE (contre 16 % pour la Norvège) , étant incontournable pour de nombreux pays d'Europe de l'Est (pays baltes, Pologne, République tchèque, Slovaquie, etc.).

Les livraisons de gaz russe à l'Europe par gazoduc via l'Ukraine ont pris fin le 1er janvier 2025, après l'expiration d'un contrat signé entre les deux parties fin 2019 et maintenu malgré l'invasion du pays par la Russie.

En janvier 2026, le Conseil a adopté un règlement « visant à interdire les importations de GNL et de gaz par gazoduc en provenance de Russie à partir du 18 mars 2026, avec des périodes de transition pour les contrats existants. D'ici la fin de 2027, toutes les importations de gaz russe seront interdites».

Montant de la facture gazière de la France

En 2024, la facture énergétique de la France s'est élevée à 57,8 milliards d'euros (contre 72,9 milliards d'euros en 2023). Durant la crise énergétique, cette facture avait atteint un pic historique de 124,1 milliards d'euros en 2022.

La facture liée aux importations de gaz naturel de la France a atteint 17,4 milliards d'euros en 2024, ce qui en fait le 2e principal poste de la facture énergétique de la France, derrière le pétrole (43,8 milliards d'euros en 2024 en incluant le brut, les produits raffinés et biocarburants).

Baisse de la consommation de gaz en France et hausse de la production nationale

En 2025, la consommation brute de gaz en France a atteint 350 TWh, contre 361 TWh en 2024 (après avoir baissé de 20% entre 2021 et 2023). La chute de la demande est entre autres liée à la hausse des prix et aux campagnes de sobriété énergétique. En 2024, le gaz naturel comptait encore pour 12,4% de la consommation d'énergie primaire de la France (19% de la consommation d'énergie finale), selon les données du ministère de la Transition écologique.

Consommation totale de gaz naturel en France par secteur (TWh PCS1)

Données corrigées des variations climatiques - À jour en 2024 - Source : Ministère de la Transition Écologique (SDES)

En TWh PCS1

La production de biométhane (biogaz injecté dans les réseaux après épuration) en France a par ailleurs fortement progressé ces dernières années (12 TWh PCS en 2024, contre 9 TWh PCS en 2023 et 7 TWh PCS en 2022), même si les volumes restent encore faibles à l'heure actuelle.

Ces tendances et le rôle stratégique du stockage de gaz (la France dispose de 130 TWh de capacités de stockage de gaz, ce qui correspond à environ un tiers de sa consommation annuelle) réduisent les risques pesant sur l'approvisionnement gazier de la France, malgré le retrait du gaz russe.

La France demeure toutefois l'un des principaux importateurs de gaz dans le monde, mais comme ailleurs en Europe, la demande baisse alors qu'elle augmente dans toutes les économies en développement, en particulier en Asie.

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