Nucléaire : quelques chiffres clés après la fermeture de Fessenheim…

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Tour aérofrigérante de la centrale nucléaire de Cruas Meysse

Tour aérofrigérante de la centrale nucléaire de Cruas Meysse, en Ardèche. (©EDF-Agence REA/Xavier Popy)

Le réacteur n°2 de la centrale de Fessenheim a été définitivement arrêté le 29 juin à 23h30, après le premier réacteur le 22 février dernier.

56 réacteurs nucléaires encore en service en France

Suite à l’arrêt des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim, le parc nucléaire français compte désormais 56 réacteurs en service, répartis entre 18 centrales. En 2019, le nucléaire a compté pour 70,6% de la production d’électricité en France métropolitaine (68,3% hors centrale de Fessenheim(1)).

Pour rappel, la loi énergie-climat fixe pour objectif de ramener à 50% cette part du nucléaire dans le mix électrique français à l’horizon 2035. À cette fin, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit d'arrêter d’ici là 12 réacteurs nucléaires supplémentaires.

Un réacteur de type « EPR » est par ailleurs en cours de construction au sein de la centrale de Flamanville. Le chantier de cette « tête de série » a rencontré de nombreuses difficultés et le chargement du combustible n’est pas envisagée avant fin 2022 (la mise en service de l'EPR était initialement prévue en 2012)(2).

Répartition en France des centrales nucléaires
En 2019, la production du parc nucléaire français a baissé de 3,5% par rapport à 2018 « du fait d’une moins bonne disponibilité du parc ». (©Connaissance des Énergies)

La SFEN appelle à acter mi-2021 la construction de 6 « EPR 2 »

Il est prévu que le programme de fermeture de 12 réacteurs nucléaires soit « lissé » dans le temps d’ici à 2035 pour éviter un « effet falaise ». La Société française d’énergie nucléaire (SFEN), association qui défend les intérêts de la filière, souligne que la plupart des réacteurs « construits très rapidement dans les années 1980, passeront le cap des soixante ans dans la première moitié des années 2040 » (s'ils sont prolongés jusqu'à cet horizon).

Dans une étude publiée le 15 juin (réalisée par le cabinet Compass Lexecon)(3), la SFEN présente plusieurs scénarios d’évolution du parc électrique à l’horizon 2050, dont un comprenant « l’abandon de l’option nucléaire »(4). Selon l’association, « perdre l’option nucléaire, en décidant de ne pas lancer le renouvellement du parc, ou en ne prenant pas de décision peut avoir des conséquences importantes et visibles dès le milieu des années 2030 » sur l’approvisionnement en électricité de la France et sur l’atteinte des objectifs nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Pour anticiper les différentes fermetures, la SFEN recommande que la France intègre dans son plan de relance post-Covid19(5) un programme d’une série de 3 paires d’EPR de nouvelle génération (« EPR 2 »), soit 6 réacteurs au total(6), en confirmant « le lancement du projet dès la fin de l’instruction mi-2021 » (à cet horizon, EDF doit remettre au gouvernement un dossier complet pour permettre de se prononcer sur la construction de nouveaux réacteurs EPR).

Au niveau européen, la SFEN plaide par ailleurs pour inclure « le nouveau nucléaire dans le Green Deal », en bénéficiant des mécanismes financiers associés.

Scénario de la SFEN avec option nucléaire

Dans son hypothèse de « maintien de l’option nucléaire » qu’elle défend, la SFEN prévoit que la part du nucléaire dans le mix électrique français soit « significativement en dessous de 50 % en 2050 »(7). (©Connaissance des Énergies, d'après SFEN)

Et au niveau mondial ?

Au 30 juin 2020, le parc nucléaire mondial compte 441 réacteurs nucléaires « opérationnels » dans 30 pays, d’une puissance cumulée de 390,2 GW selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). La filière nucléaire a produit 2 586,2 TWh dans le monde en 2019(8), soit « près de 10% de la production totale d’électricité et presque un tiers de la production électrique bas carbone », selon le rapport annuel de l’AIEA(9).

En 2019, la puissance installée du parc nucléaire mondial a diminué de 4,5 GW : 13 réacteurs ont été définitivement arrêtés(10) tandis que 6 réacteurs à eau pressurisée ont été connectés au réseau (3 en Russie, 2 en Chine dont le 2e EPR de Taishan et 1 en Corée du Sud). Au 30 juin 2020, 54 réacteurs nucléaires sont en cours de construction, dont 11 en Chine et 7 en Inde.

Notons que plus de 65% des capacités nucléaires « opérationnelles » dans le monde sont en service depuis plus de 30 ans (et 17% depuis plus de 40 ans). Cinq réacteurs sont exploités depuis plus de 50 ans dans le monde (tous connectés au réseau électrique en 1969) : Beznau 1 en Suisse, Tarapur 1 et 2 en Inde, Nine Mile Point 1 et Ginna aux États-Unis.

Sources / Notes
  1. Les deux réacteurs de Fessenheim ont produit 12,3 TWh en 2019, soit presque 2,3% de la production nette d’électricité en France métropolitaine cette année-là.
  2. Le décret n° 2020-336 du 25 mars 2020 a repoussé le délai de mise en service de l’EPR à 2024.
  3. Étude de la contribution du parc nucléaire français à la transition énergétique européenne, Compass Lexecon pour la SFEN, juin 2020.
  4. Selon l’étude de la SFEN, « même en visant un taux réduit de nucléaire (30% en 2050), le pays serait confronté à des tensions croissantes vraisemblablement démultipliées si ce taux était inférieur ». L’association mentionne les « incertitudes majeures » côté production : à la fermeture de centrales nucléaires s’ajoutent « les décisions de sortie du charbon en Europe (qui) devraient réduire de 110 GW les capacités pilotables disponibles ».
  5. Selon la SFEN, « le lancement d’un programme de construction de nouveaux moyens nucléaires, comme pour d’autres grandes infrastructures, fait partie des outils efficaces de relance à court terme : l’instruction du programme est déjà avancée pour s'achever mi-2021, la préparation des chantiers pouvant ainsi créer des emplois immédiatement dans de nombreuses entreprises industrielles françaises, lesquelles sont durement frappées par la crise actuelle dans d’autres secteurs comme l’aéronautique ».
  6. À raison d’« une paire tous les quatre ans » (par la suite, la SFEN envisage « une accélération avec une paire tous les deux ans »).
  7. La SFEN envisage une augmentation de 30% de la consommation française d’électricité d’ici à 2050 avec « l’électrification des usages dans le domaine de la mobilité et de l’habitat/tertiaire » (mais aussi la production d’hydrogène par électrolyse), en se référant à la trajectoire de la stratégie nationale bas carbone (SNBC).
  8. Le facteur de charge médian des réacteurs du parc nucléaire mondial était de 85,9% en 2019.
  9. IAEA Releases 2019 Data on Nuclear Power Plants Operating Experience, AIEA, 25 juin 2020. D’après les données de sa base PRIS (Power Reactor Information System).
  10. Dont 5 réacteurs au Japon qui n’avaient pas été redémarrés après l’accident de Fukushima Daiichi en 2011.

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