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« Accord historique » Chine/États-Unis : un leurre qui condamne la COP21

L’histoire des négociations internationales sur le climat a connu de belles et grandes envolées lyriques. Dans le palmarès, on retient forcément « Nous sommes au bord du précipice » de  Ban Ki-moon à Copenhague en 2009 et « La maison brûle et nous regardons ailleurs » de Jacques Chirac en 2002 à Johannesburg sur des paroles de Nicolas Hulot. Depuis le 12 novembre, ces refrains un peu passés de mode sont rangés aux oubliettes par le titre choc « accord historique » interprété au chant par Barack Obama, accompagné de Xi Jinping à la trompette. 

Le message est clair : Chinois et Américains nous confirment qu’ils n’ont absolument rien à faire des négociations internationales.

« Ah, enfin ! » s’est-on enthousiasmé dans les médias du monde. Voici que les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (40% à eux deux) annoncent, main dans la main, un engagement qui doit sauver la planète. Hélas, notre duo chante faux. Tant sur les chiffres que sur la stratégie, il nous condamne en fait à devoir nous préparer à un réchauffement qui risque fort d’être ingérable. L’espoir d’un accord « historique » à Paris est mort, frappé dans le dos par ce qui est la plus grande arnaque de l’histoire des négociations climatiques. Les engagements sino-américains sont d’abord intervenus (un hasard bien sûr) trois semaines avant la conférence de Lima. Le message est clair : Chinois et Américains nous confirment qu’ils n’ont absolument rien à faire des négociations internationales. Barack Obama et Xi Jinping font comprendre aux 190 pays qui tentent de trouver un consensus qu’ils n’accepteront jamais des mesures contraignantes avec calendrier, chiffres précis et sanctions. Et ce sera, comme à Copenhague, à prendre ou à laisser.

Un accord sans contraintes n’a strictement aucune valeur. La Chine nous l’a montré en signant le protocole de Kyoto mais à condition d’en exclure toute contrainte. Kyoto, entré en vigueur en 2005, c’était l’engagement, pour les signataires de baisser leurs émissions d’au moins 5% entre 2008 et 2012 par rapport à 1990. La Chine les a fait exploser entre 1990 et 2010 : + 219% selon l’Agence Internationale de l’Energie. Dans l’annonce faite le 12 novembre, Pékin s’engage sans rire à stopper la progression de ses émissions « aux alentours de 2030 », émissions qui vont donc continuer à augmenter pendant au moins une quinzaine d’années.

Cette inaction rend absolument illusoire de limiter le réchauffement à 2 degrés à la fin du siècle comme le conseille le GIEC. Les experts du climat préconisent de baisser les émissions de GES de 40 à 70% en 2050 par rapport à 1990. La Chine est à des années lumières de cet objectif, d’autant que les centrales à charbon qui sont construites en ce moment et celles qui le seront « jusqu’aux alentours de 2030 » continueront à tourner bien au-delà de 2050. La position chinoise donne par ailleurs le feu vert aux autres pays en développement (Inde, Brésil et Afrique du Sud pour les principaux) pour suivre la voie…

Barack Obama annonce une baisse des émissions de 26% en 2025, un objectif comparable à celui de l’Union Européenne. L’entourloupe est dans l’année de référence, « 2005 », annonce discrètement le Président américain...

Les Etats-Unis ne font pas mieux, mais l’attitude est plus sournoise et beaucoup mieux travaillée au niveau de la communication. Barack Obama annonce une baisse des émissions de 26% en 2025, un objectif comparable à celui de l’Union Européenne. L’entourloupe est dans l’année de référence, « 2005 », annonce discrètement le Président américain. Or depuis le protocole de Kyoto, c’est l’année 1990 qui est prise en compte, par l’UE notamment. Il est évidemment beaucoup plus facile d’annoncer des baisses par rapport à 2005 : entre 1990 et 2005, les émissions américaines ont progressé de 18,8%. Donc, baisser par rapport à 2005 signifie revenir à peu près au niveau de 1990 alors que les Européens se sont engagés sur une baisse de 40%.

De plus, Barack Obama sait parfaitement que le mouvement est déjà engagé dans son pays depuis quelques années. L’utilisation du gaz de schiste à la place du charbon pour produire de l’électricité réduit les émissions américaines mais pas les émissions mondiales, au contraire : la quantité de charbon extrait aux Etats Unis est exactement la même et alimente à bas prix les centrales du monde, notamment au Japon et en Allemagne en raison de la politique de ces deux pays vis-à-vis du nucléaire. 

Nous allons en 2015 vivre au rythme du rendez-vous climatique de Paris. Conférences, colloques, documentaires, initiatives diverses vont occuper beaucoup de place, davantage encore qu’avant la conférence de Copenhague. La capitale danoise reste traumatisée d’être encore aujourd’hui associée au mot échec. Paris prend le même risque et il est très élevé. Un « accord historique » de Paris devra au minimum être contraignant et reprendre les préconisations du GIEC. Au vu des positions chinoise et américaine, c’est très mal parti !