Déchets nucléaires: l'IRSN présente deux rapports d'expertise dans le cadre du débat public

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L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a publié mercredi deux études dans le cadre du débat national sur la gestion des matières et déchets radioactifs, sur les possibilités d'entreposage à sec et les alternatives au stockage géologique.

Ces rapports, réalisés à la demande de la Commission nationale du débat public (CNDP), portent précisément sur "les possibilités d'entreposage à sec de combustibles nucléaires usés à base d'oxyde d'uranium et de plutonium (MOX) ou d'oxyde d'uranium de retraitement enrichi (URE)" et sur les recherches "aux alternatives de stockage géologique des déchets de haute et moyenne activité à vie longue".

En France, les combustibles nucléaires usés sont entreposés en piscine quand ils sortent du réacteur très chauds et radioactifs, d'abord quelques années dans l'enceinte de la centrale, puis sur le site Orano de La Hague avant leur éventuel traitement. EDF envisage de construire une vaste piscine centralisée dans un lieu encore non déterminé, alors que le site de La Hague pourrait finir par saturer. Dans la plupart des pays, après un temps de refroidissement en piscine, les combustibles sont conditionnés et entreposés à sec. Les défenseurs de cette méthode estiment qu'elle est plus sûre (n'ayant besoin ni d'eau ni d'électricité) et moins chère.

L'IRSN a rendu en juin 2018 un avis concernant les avantages et inconvénients de l'entreposage des combustibles nucléaires usés à sec ou en piscine. Dans ce nouvel avis, elle indique que son analyse "ne fait pas apparaître d'éléments rédhibitoires à l'entreposage à sec d'une partie des combustibles usés MOX et URE d'EDF actuellement entreposés sous eau".

"Actuellement, les deux premières générations de combustibles MOX ont quasiment atteint la puissance thermique par assemblage qui permettrait de les mettre en entreposage à sec", explique Thierry Charles, directeur général adjoint en charge de la sûreté nucléaire de l'IRSN, sachant qu'il "faut attendre en moyenne une trentaine d'années pour refroidir (les combustibles usés) à 2 kW."

Sur une production totale de 5 000 assemblages, environ 2 500 ont atteint une puissance thermique qui permettrait de les entreposer à sec, indique-t-il. L'IRSN s'est aussi penché sur la possibilité d'augmenter cette limite de 2 kW pour le stockage à sec. "Il y a des pistes pour aller au-delà, jusqu'à 3 kW", ce qui permettrait de réduire le délai d'attente à "une dizaine d'années", ajoute M. Charles.

L'autre étude porte sur des alternatives au stockage géologique: l'entreposage (placer dans une installation des déchets nucléaires avec l'intention de les reprendre, la séparation-transmutation (transformer les éléments radioactifs à vie longue en éléments stables ou à vie plus courte), le stockage en forages, le stockage dans les fonds marins, l'envoi dans l'espace et l'immobilisation dans les glaces polaires. L'IRSN ne se prononce pas "quant à leur pertinence ou leur faisabilité technique".

La France a fait le choix d'un stockage géologique profond ayant donné naissance au controversé projet d'enfouissement Cigéo, à Bure (Meuse).

À fin 2017, la France comptait 1,62 million de m3 de déchets radioactifs, selon l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). Les déchets de haute activité (HA), qui peuvent être radioactifs jusqu'à des centaines de milliers d'années, représentent 0,2%, mais 94,9% du niveau de radioactivité, et doivent le temps venu rejoindre Cigéo.

Commentaires

Marc Diedisheim

Voilà qui ne manquera pas d'alimenter le débat entre les pro- et les anti- nucléaires. Mais peut-être un jour viendra-t-il où nous n'aurons plus besoin de cette technologie pour fournir à tout instant les besoins planétaires d'énergie sans émissions de CO2 ...
En attendant, l'émotion prime sur la raison.

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