Énergies: la filière renouvelables demande "un débat responsable et rationnel"

  • AFP
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"Halte aux idées reçues!": le secteur des énergies renouvelables appelle à "un débat responsable" sur l'avenir énergétique de la France à l'occasion de la campagne présidentielle, dénonçant les "contre-vérités" sur l'éolien portées notamment par des candidats de droite et d'extrême droite.

"Halte à la désinformation, aux idées reçues et aux antagonismes factices", a dit le président du Syndicat des énergie renouvelables (SER) Jean-Louis Bal, lançant lors de son congrès "un appel à la responsabilité pour la campagne qui s'ouvre".

"La transition concerne l'avenir de chacun, et le débat démocratique éclairé par les faits scientifiques est notre bien commun pour l'avenir. Nul n'a le droit d'en priver les citoyens", a-t-il dit.

Les représentants du secteur dénoncent des "contre-vérités" circulant en nombre notamment sur l'éolien, portées par des opposants revenus en force depuis la campagne des régionales de juin.

"Ce débat (présidentiel) est très mal lancé, avec des contre-vérités, portées plutôt par des candidats à droite et à l'extrême droite", a décalré Jean-Louis Bal à la presse.

Par exemple, "contrairement à ce qu'a prétendu Xavier Bertrand, l'éolien n'est pas à la base de l'augmentation actuelle du prix du gaz: c'est le contraire! C'est aujourd'hui un élément de stabilité dans les prix de l'énergie", a-t-il relevé.

Pour lui, "le plus grave est quand on dit +les renouvelables, ça ne sert à rien car le mix (la combinaison des différentes sources d'énergie, NDLR) est déjà décarboné par le nucléaire+".

Avec des secteurs entiers (voitures notamment) à décarboner face au réchauffement climatique, "la consommation d'électricité va augmenter dès les toutes prochaines années, et "ce n'est pas la construction de nouveaux EPR qui peut apporter une réponse immédiate à ces besoins de court terme", répond M. Bal.

Dans le pays le plus nucléarisé du monde, qui doit se prononcer prochainement sur les suites à donner à son programme nucléaire, le sujet de l'essor des renouvelables, pourtant prévu par la loi, est souvent brouillé par le débat sur le rôle de l'atome.

Jeudi, des participants au congrès ont appelé à ne pas opposer ces deux énergies décarbonées.

- "Le béton de deux maisons" -

Pour autant, dans l'opinion, les Français se disent favorables à l'éolien, à 73%, selon un sondage Harris Interactive publié jeudi pour l'Ademe et le ministère de la Transition écologique (88% chez les moins de 35 ans et 80% chez les personnes résidant à moins de 10 km d'un parc éolien).

"Il y a une certaine érosion par rapport à de précédents sondages", admet M. Bal. "Mais quand des personnalités médiatiques comme Stéphane Bern ou Eric Zemmour pilonnent depuis des mois [l'éolien], il ne faut pas s'étonner."

Emmanuel Hache, chercheur à l'Iris, est ainsi venu souligner qu'il était faux d'affirmer que l'éolien allait grever le budget béton mondial: "une éolienne, en terme de béton, c'est deux maisons, c'est juste ça. Mais quand on regarde une éolienne, on ne regarde pas le voisin qui vient de construire 150 m2".

Pour "essayer de rationaliser le débat", la filière veut mettre en avant "un projet de société" qui "permet de soutenir notre agriculture, diminuer nos importations de fossiles, répondre aux aspirations de la jeunesse, créer de l'emploi et revitaliser les territoires".

Solaire, éolien, géothermie, gaz vert... le secteur génère aujourd'hui plus de 160.000 emplois, et en attend 100.000 de plus si la feuille de route énergétique de la France à 2028 est respectée, dit le SER dans un livre blanc publié jeudi.

Au congrès, des intervenants ont aussi évoqué l'importance de la parole laissée et donnée au public, de son appropriation des projets locaux.

Se tournant vers les pouvoirs publics, Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), a aussi expliqué que, par exemple sur l'éolien en mer, les pêcheurs demandent en vain depuis dix ans des réponses sur leurs compensations, et le public plus de données en matière d'impact sur la faune.

Sur tous ces sujets, il y a urgence pour les renouvelables, car entre recours, blocages administratifs, difficultés à trouver des espaces... leur déploiement a pris de sérieux retards sur les objectifs (40% dans le bouquet électrique en 2030).

L'an dernier, les renouvelables ont assuré environ 30% de la production électrique.

Commentaires

Larderet

Les arguments développés dans le film « Éoliennes : du rêve aux réalités », visible sur YouTube, me semblent plus convaincants que ceux donnés par M. Jean-Louis Bal.

Thomas

Forcément pour un anti éolien il vaut mieux regarder un documentaire anti éolien. Trop dur de s'ouvrir au monde réel.

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