Frapper les centrales iraniennes : les conséquences prévisibles

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Le président américain Donald Trump a menacé de détruire les infrastructures énergétiques et les ponts en Iran, mais frapper les centrales électriques risque surtout de provoquer une crise humanitaire et des représailles de Téhéran, estiment des experts.

- Quelles peuvent être les cibles ? -

Des frappes précédentes des Etats-Unis et d'Israël durant les plus de cinq semaines de guerre ont ciblé des infrastructures énergétiques comme les installations de production de gaz et les dépôts pétroliers, ainsi que les voies de transport.

Mais mettre hors service une seule des 90 centrales électriques iraniennes représenterait une escalade majeure, avec des conséquences immédiates pour les civils et pour l'économie locale.

Les abondantes réserves en gaz du pays sont utilisées pour générer environ 79% de l'électricité du pays, selon l'Agence internationale de l'énergie, basée à Paris.

Les centrales sont majoritairement autour des principales zones urbaines et industrielles dans le nord du pays, en particulier autour de Téhéran, ainsi que sur la côte du Golfe, proche des réserves de gaz.

La centrale la plus puissante est celle de Damavand, qui alimente la capitale, suivie de celles de Shahid Salimi Neka et Shahid Rajaee, respectivement dans les régions de Mazadaran et de Qazvin (nord), selon le groupe iranien d'infrastuctures énergétiques MAPNA.

"Il est important de souligner que l'Iran faisait face à une très grave crise énergétique avant même le début de cette guerre", dit Brenda Shaffer, experte en énergie à l'Université de la marine américaine.

"L'Iran souffre de pénuries chroniques d'électricité, de gaz naturel et de produits pétroliers raffinés", ajoute-t-elle.

- Cibler l'énergie aiderait-il en termes militaires ? -

Non, selon le centre de réflexion Atlantic Council basé à Washington.

"Les militaires iraniens ne dépendent que de manière limitée du système électrique national", ont écrit les experts Joseph Webster et Ginger Matchett lundi.

"Comme la plupart des armées, les militaires iraniens utilisent essentiellement des distillats moyens, en particulier gazole et kérosène", ont-ils souligné.

Des frappes "toucheraient les infrastructures vitales et la population civile, sans porter grand préjudice aux capacités militaires de la République islamique", selon eux.

Nishant Kumar, un expert du cabinet Rystad Energy, estime qu'une attaque sur une centrale déstabiliserait l'ensemble du réseau iranien et mènerait à une cascade de blackouts locaux.

"Des secteurs comme l'acier, le ciment, la pétrochimie et l'automobile ne peuvent opérer dans des conditions d'alimentation énergétique instable", dit-il.

"Les banques et les télécommunications font partie des secteurs les plus vulnérables : les distributeurs de billets et les agences bancaires ont une alimentation de secours limitée, et les antennes relais de téléphonie mobile dépendent de batteries qui en général tiennent entre deux et quatre heures", ajoute-t-il.

Le réseau de l'Iran est interconnecté avec ceux de ses voisins, mais ceux-ci ont des capacités limitées.

- Quelle serait la réponse de l'Iran ? -

En dépit de son infériorité militaire, l'Iran a cherché jusqu'à présent à répondre symétriquement aux attaques en visant des cibles en Israël et dans les pays du Golfe.

Par exemple, quand Israël a attaqué son champ gazier de Pars à la mi mars, Téhéran a répondu en frappant des installations clés de production de gaz naturel liquéfié au Qatar.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de l'Iran, ont averti mardi que leur réponse viserait à "priver les Etats-Unis et leurs alliés du pétrole et du gaz de la région pendant des années", dans des menaces voilées sur les capacités de production, les oléoducs et les ports des pays du Golfe, essentiels pour l'économie mondiale.

Les militaires iraniens ont également menacé précédemment de cibler les installations de désalinisation d'eau de mer, vitales puisqu'elles fournissent 42% de l'eau potable aux Emirats, 70% en Arabie saoudite, 86% à Oman et 90% au Koweït, selon l'Institut français des relations internatinales.

Des responsables militaires iraniens ont en outre averti qu'ils mobiliseraient leurs alliés au Yémen, les Houthis, qui pourraient s'en prendre à la navigation en mer Rouge comme ils l'ont déjà fait.

Ces rebelles sont également "plus près et mieux placés" que l'Iran pour frapper les infrastructures saoudiennes et les bases occidentales dans le Golfe, déclarait récemment à l'AFP Farea Al?Muslimi, un chercheur du centre de réflexion Chatham House basé à Londres.

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