Guerre au Moyen-Orient: les compagnies aériennes prises en tenaille

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Avec un kérosène au plus haut et des passagers potentiellement dissuadés par les incertitudes géopolitiques, les compagnies aériennes, qui avaient retrouvé le chemin des profits, risquent d'être prises en tenaille par la guerre au Moyen-Orient.

Au-delà du chaos opérationnel vécu depuis le 28 février par les plateformes aéroportuaires du Golfe et leurs compagnies emblématiques Qatar Airways, Emirates et Etihad, quasiment paralysées sous le feu des représailles iraniennes, le secteur aérien tout entier doit faire face au choc pétrolier.

Le cours mondial moyen du carburant d'aviation a atteint lundi 173,91 dollars le baril, selon l'indice de référence Platts, soit le double des niveaux du 2 janvier et un emballement supérieur à celui du pétrole.

L'écart entre le prix du brut et celui du carburant d'aviation s'explique par les coûts de raffinage, mais aussi le fait que le kérosène, qui ne représente que 9% des produits raffinés, est moins prioritaire que l'essence ou le gazole pour les industriels, selon l'Association internationale du transport aérien (Iata).

Cette organisation, qui fédère plus de 360 compagnies aériennes représentant 85% du trafic mondial, prévoyait en décembre une année 2026 de consolidation des bénéfices de ces entreprises, à 41 milliards de dollars cumulés, loin des pertes abyssales dues au Covid-19.

Elle se basait sur un cours du kérosène à 88 dollars, désormais obsolète. Or, même à des prix bas, les carburants représentent un poids important pour les compagnies, puisque l'Iata les voyait y consacrer 252 milliards de dollars cette année, soit 25,7% de leurs coûts d'exploitation.

Les compagnies "low-cost" dépensent davantage en moyenne pour leur kérosène et les transporteurs classiques moins.

"Dès que le cours du baril augmente, les profits des compagnies aériennes baissent, et inversement", commente Paul Chiambaretto, professeur de stratégie et marketing à la Montpellier Business School, et spécialiste du transport aérien.

Certaines devraient voir la violence du choc amortie par leur stratégie de "couverture", l'achat de carburant à prix fixe, plusieurs mois à l'avance.

Air France-KLM, par exemple, avait annoncé en février avoir renforcé cette politique, en sécurisant 70% de ses approvisionnements pour le trimestre en cours et le prochain, et 60% pour le suivant, le taux décroissant ensuite avec une visibilité à sept trimestres.

- Les compagnies américaines mal protégées -

Le 6 mars, Lufthansa avait assuré être couvert à hauteur de plus de 80% des besoins annuels. Outre le géant allemand, la première compagnie européenne Ryanair est particulièrement protégée, selon un rapport des analystes de Bernstein (Société Générale) publié mardi.

En revanche, les "trois grandes" compagnies américaines, United, Delta et American, "ne se couvrent pas", ont-ils noté, ce qui pourrait les fragiliser sur les faisceaux de l'Atlantique Nord où la concurrence avec les Européens s'avère féroce.

British Airways, Lufthansa et Air France pourraient aussi bénéficier d'un report de la clientèle habituelle des "hubs" moyen-orientaux. Les deux dernières ont déjà annoncé un renforcement de leurs rotations vers l'Asie.

Le pétrole s'est replié mardi après des déclarations de Donald Trump mais reste volatil. A terme, si les cours élevés persistent, les transporteurs aériens, souvent encore endettés et aux marges sous pression, n'auront pas d'autre choix que de répercuter ces hausses à leurs clients.

Dès mardi, la compagnie scandinave SAS a annoncé une augmentation "temporaire" de ses tarifs.

"Dès qu'il y a une augmentation du cours du baril de pétrole, cela se répercute vite sur le prix des billets à la hausse, mais beaucoup plus lentement à la baisse", explique M. Chiambaretto à l'AFP.

Face à ces signaux, quelle sera l'attitude des clients, en pleine période de réservations pour les billets des vacances estivales dans l'hémisphère Nord, et alors que certains professionnels décelaient déjà un "effet Trump" dissuasif sur les liaisons nord-américaines au départ de l'Europe ?

"Ce conflit a déjà un impact négatif sur la volonté des gens à voyager. Si vous augmentez le prix des billets, cela va être un (nouvel) effet négatif", a confié mardi le PDG de Transavia France, Olivier Mazzucchelli.

Au minimum, "il est probable qu'il y ait un peu plus d'attentisme et que les passagers réduisent l'avance avec laquelle ils réservent leurs billets d'avion", un phénomène déjà vu pendant le Covid, estime pour sa part Paul Chiambaretto.

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