- Connaissance des Énergies avec AFP
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La Première ministre italienne Giorgia Meloni a demandé à l'Union européenne (UE) d'assouplir les règles budgétaires afin d'aider les États membres à faire face à la hausse des prix de l'énergie liée à la guerre au Moyen-Orient, selon une lettre obtenue lundi par l'AFP.
Une priorité stratégique européenne
Dans cette lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, Giorgia Meloni affirme que "les investissements et les mesures extraordinaires nécessaires pour répondre à la crise énergétique" devraient être exemptés du Pacte de stabilité et de croissance de l'UE, en vertu duquel la dette publique des États membres doit en théorie rester inférieure ou égale à 60% du PIB, et le déficit public sous les 3% du PIB.
"La crise au Moyen-Orient et les tensions dans le détroit d'Ormuz (...) ont déjà un effet très grave et souvent asymétrique sur les prix de l'énergie", écrit-elle. Elle demande que l'exception accordée par l'UE aux dépenses de défense soit étendue aux mesures visant à limiter l'impact de la hausse des prix de l'énergie.
"En Italie et dans de nombreux pays européens, la crainte est croissante de devoir affronter un nouveau choc économique et social", souligne Giorgia Meloni. "Nous devrions avoir le courage politique de reconnaître qu'aujourd'hui, la sécurité énergétique est également une priorité stratégique européenne."
Le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, voie navigable stratégique qui représentait auparavant un cinquième de l'approvisionnement mondial en pétrole, est fortement restreint depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient en février.
Clause dérogatoire générale
L'UE peut suspendre ses règles budgétaires dans des circonstances exceptionnelles et en période de crise, comme elle l'a fait pendant la pandémie de coronavirus. Cependant, une telle suspension (appelée "clause dérogatoire générale") n'est possible qu'en cas de "crise économique sévère dans l'ensemble de l'Union européenne ou de la zone euro", avait rappelé le commissaire européen à l'Économie Valdis Dombrovskis début avril.
L'Italie dépend fortement des importations d'énergie, notamment de gaz, et fait partie des pays de l'UE les plus exposés à la hausse des prix. Un porte-parole de l'exécutif européen n'a pas commenté lundi l'envoi de cette lettre par Giorgia Meloni mais a rappelé les mesures déjà engagées par l'UE pour aider les États membres à répondre à la crise énergétique.
"À ce stade, l'objectif est de faire pleinement usage des financements très importants de l'UE déjà disponibles", a déclaré Balazs Ujvari lors d'une conférence de presse à Bruxelles. Il a cité les 300 milliards déjà mis à disposition pour les investissements dans le domaine de l'énergie, "avec environ 95 milliards qui restent à utiliser", a-t-il précisé.
"La priorité principale maintenant est de veiller à ce que les États membres utilisent effectivement les fonds restants", a souligné le porte-parole de la Commission européenne, ajoutant que l'UE cherchait aussi "à mobiliser l'investissement privé".
Depuis le début de la guerre, Giorgia Meloni a redoublé d'efforts pour augmenter les approvisionnements énergétiques en provenance d'autres pays, comme l'Algérie et l'Azerbaïdjan. En Italie, le gouvernement a également réduit les droits d'accise sur les carburants afin de tenter de limiter la hausse des prix de l'essence et du diesel.
Le mois dernier, l'Italie a légèrement abaissé ses prévisions de croissance pour 2026 et 2027 à 0,6 %, et a confirmé qu'en 2025, son déficit public était resté supérieur au seuil de 3% du PIB fixé par l'UE. L'Italie a indiqué que le déficit s'élevait à 3,1 % l'an dernier, mais qu'il devrait retomber à 2,9 % en 2026.