Haute-Marne: l'Etat autorise l'exploitation d'une blanchisserie nucléaire

  • AFP
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La préfecture de Haute-Marne a donné son feu vert à un projet contesté, près de Joinville, de blanchisserie industrielle de vêtements provenant d'installations nucléaires, selon un arrêté préfectoral publié lundi.

"C'est une étape importante, l'aboutissement de plusieurs mois de travail et de concertation", a déclaré mardi à l'AFP Jacques Grisot, directeur général d'Unitech France, filiale de l'américain Unitech Services, à l'origine du projet.

"Nous sommes en cours de consultation des entreprises avec une volonté de privilégier les acteurs locaux. Cette phase doit se terminer fin juillet, début août", a précisé le dirigeant pour qui la construction de la blanchisserie pourrait débuter cet automne avec une ouverture prévue courant 2021.

Lancé en 2016, ce projet de blanchisserie avait reçu en janvier un avis favorable de l'enquête d'utilité publique.

Implanté dans une zone d'activités de Suzannecourt, en bord de Marne, cet équipement est destiné à décontaminer et laver environ 1.900 tonnes par an de vêtements portés par des employés travaillant dans des zones "faiblement" ou non contaminés de sites nucléaires.

Selon le réseau "Sortir du nucléaire", ce projet doit "prendre la relève de l'ancienne laverie d'Orano (ex-Areva) à La Hague (Manche) dont la remise aux normes avait été jugée trop coûteuse".

"Les rejets chimiques et radioactifs de l'usine se déverseraient dans la rivière Marne et la nappe phréatique sous-jacente, dans un secteur vierge de toute pollution, ce qui est absolument scandaleux", a estimé le réseau.

"C'est vraiment scandaleux. L'Etat ne joue pas son rôle de protection de l'environnement et des citoyens", dénonce également Frédéric Leray, membre du Collectif contre l'enfouissement des déchets radioactifs (Cedra) 52. Il évoque toujours "des rejets de radionucléides dans l'air et dans la Marne".

Le Cedra 52 vient de constituer, avec quatre autres associations historiquement opposés au projet, un "Collectif contre Unitech", dont les statuts ont été déposés en préfecture en avril.

"En aucun cas cette autorisation préfectorale ne doit être comprise comme la réalisation opérationnelle du projet", a expliqué dans un communiqué ce collectif, promettant "un ou plusieurs recours réalisés avec l'aide d'un ou plusieurs cabinets d'avocats spécialisés dans le droit environnemental".

Selon France Nature Environnement Grand-Est, c'est un "fruit empoisonné de la filière nucléaire, destinée à +décontaminer+ du linge et du matériel radioactif en utilisant de l'eau potable fournie par les communes de Thonnance et de Suzannecourt".

La laverie "serait accompagnée d'un centre de stockage de matériel contaminé (...) Si Unitech voit le jour et fonctionne, c'est la Marne, le Der puis la Seine qui seront pollués irrémédiablement par des effluents radioactifs", assure-t-elle, rappelant que le projet Cigéo d'enfouissement des déchets nucléaires de Bure se trouve à une vingtaine de kilomètres.

"Nous saurons répondre à toute attaque juridique. Nous l'attendons. Mais ce n'est pas ce que nous souhaitons", prévient de son côté le dirigeant d'Unitech France.

Chd-jpa/or

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