- Connaissance des Énergies avec AFP
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Google, Amazon, Nvidia, Microsoft... Au plus grand rendez-vous mondial de l'énergie au Texas cette semaine, le rapprochement entre les géants de la tech et l'industrie gazière était évident, tant les centrales à gaz sont devenues essentielles à l'essor de l'intelligence artificielle, malgré leur coût climatique.
A la CERAWeek à Houston, où 10.000 patrons et experts ont convergé, un constat s'est imposé: "l'électricité produite à partir du gaz naturel est indéniablement essentielle" au développement de l'IA, dit à l'AFP Laurent Ruseckas, de S&P Global.
Des dizaines de sessions ont eu lieu sur la façon dont le secteur gazier peut venir en aide à la soif d'électricité de l'IA, ou dont des logiciels à base d'IA peuvent en retour aider le secteur à optimiser sa production.
L'informatique à distance, ou "cloud", dépend de centres de données très consommateurs d'électricité, qui affichent aujourd'hui un lourd bilan carbone. Au niveau mondial, l'électricité alimentant les centres de données vient d'abord aujourd'hui du charbon, le combustible qui rejette le plus de gaz à effet de serre, mais le gaz monte rapidement: il est déjà la troisième source d'électricité et continue de grimper, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
Cette "forte augmentation de la production de gaz (...) coïncide avec la croissance de l'IA et y répond, presque par défaut", explique Eric Hanselman, spécialiste des questions d'énergie chez S&P Global.
"La fiabilité et la rapidité d'approvisionnement du gaz sont inégalées", avance auprès de l'AFP Charles Riedl, président du Center for Liquefied Natural Gas, qui représente plusieurs géants américains du secteur, parmi lesquels Cheniere Energy, Chevron et ConocoPhillips.
Plus d'un tiers de la capacité gazière américaine alimente directement les centres de données aux États-Unis, selon une récente étude du centre de réflexion Global Energy Monitor.
Mais des experts de l'environnement restent sceptiques quant à la viabilité du modèle.
- Pas viable -
"Le gaz aura-t-il un rôle à jouer dans l'avenir des centres de données dédiés à l'IA? Oui. Mais je ne suis pas sûr que ce soit dans la mesure que beaucoup prédisent", estime Mark Brownstein, vice-président du Fonds pour la défense de l'environnement, une association écologiste.
"Ce type d'approche (...) n'est pas viable", ajoute-t-il, car certains projets sont "coûteux à mettre en oeuvre" et "la pollution qu'ils génèrent est également considérable".
La molécule du gaz est le méthane qui, lorsqu'il est brûlé, rejette du CO2, le premier gaz réchauffant la planète.
Mais champs gaziers, navires méthaniers, gazoducs et conduites génèrent aussi des fuites massives de méthane, au pouvoir encore plus réchauffant que le CO2.
L'urgence avec laquelle les entreprises de la tech construisent des centres de données, et réclament de l'énergie, ignore ces réalités, ainsi que l'impact local.
En Virginie-Occidentale, le projet de construction d'une centrale à gaz non reliée au réseau électrique et destinée uniquement à alimenter un immense centre de données provoque ainsi - comme un peu partout dans le pays - l'opposition de nombreux habitants, inquiets des effets sur leur santé et l'environnement, et sur l'eau pompée pour refroidir les serveurs.
Les géants de la tech s'étaient engagés à atteindre la neutralité carbone d'ici 2030 ou 2040. L'explosion de la demande d'IA les a conduits à mettre ces promesses de côté, selon Laurent Ruseckas.
"C'est de l'histoire ancienne", estime-t-il. "Aujourd'hui, le gaz est le seul moyen de disposer rapidement d'électricité."
Autre option sur la table: le nucléaire, qui représente déjà 15% de la consommation électrique mondiale des centres de données. Là encore, le nucléaire était l'un des sujets les plus débattus à Houston.
"L'essor de l'IA et la forte augmentation de la demande énergétique font désormais du nucléaire une partie intégrante des solutions possibles", a déclaré Ho Nieh, président de la Commission de réglementation nucléaire des États-Unis.
Mais un réacteur nucléaire prend bien plus de temps à construire que des turbines à gaz. Des accords conclus en janvier par Meta prévoient ainsi la fourniture d'électricité nucléaire supplémentaire, mais pas avant 2030.
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