- Connaissance des Énergies avec AFP
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Dérivé de pétrole et notamment produit en Asie, le plastique et son économie sont perturbés par la guerre au Moyen-Orient. En Europe, les conséquences sont multiples, entre prix en hausse, industriels fragilisés, tentation de s'approvisionner aux Etats-Unis et relance du recyclage.
. Comment est fabriqué le plastique?
Incontournable dans nos vies de tous les jours, le plastique est un dérivé du pétrole dont on extrait du naphta, puis de l'éthylène dont découlent des plastiques comme le polyéthylène, des fibres synthétiques ou des produits chimiques.
L'impact de la guerre au Moyen-Orient est donc double: d'abord les pays du Golfe sont en temps normal des exportateurs majeurs de polyéthylène. Ensuite, les groupes pétrochimiques asiatiques, très importants producteurs de matière plastique, peinent à s'approvisionner en naphta, qui venait notamment du Moyen-Orient.
. Quelle disponibilité de la matière?
La raréfaction de la matière disponible en a surenchéri les prix, déjà tirés à la hausse par ceux du pétrole. Et le contraste est d'autant plus sensible qu'auparavant, la planète avait davantage de capacités de production qu'il n'était consommé de plastique, d'où des prix plutôt bas.
Fin avril, le syndicat des fabricants de câbles électriques français Sycabel expliquait que la hausse des prix "affecte très durement" ses adhérents, qui utilisent beaucoup de polyéthylène et d'aluminium, dont le Golfe est aussi un important producteur.
"La hausse a été très violente", expliquait aussi à l'AFP mi-avril Christophe Desbrosses, président de l'association des Acteurs économiques de la Plastics Vallée (AEPV), dans l'Ain. "Sur certaines matières, les prix ont presque doublé au lendemain du début du conflit".
Depuis, "la capacité de sortie du détroit d'Ormouz a un impact sur les prix du fret", détaille Jean-Pierre Masson, de la société de conseil Inverto France, filiale du Boston Consulting Group. Il faut payer plus cher pour acheminer la matière première.
. Quelles alternatives?
Les alternatives d'acheminement autour du détroit, par la route notamment, n'ont pas les mêmes capacités, poursuit-il.
En revanche, il observe "davantage d'exportation de plastique" dans les données de la douane américaine: les Etats-Unis, premier producteur mondial de pétrole, "peuvent se positionner comme alternative à l'approvisionnement en plastique vierge", explique M. Masson.
L'existence d'alternatives ailleurs dans le monde et les capacités de production existantes sont plutôt rassurantes sur l'éventualité d'une pénurie, poursuit encore le spécialiste, mais cela dépendra aussi de la durée du conflit et du niveau de blocage du détroit.
. Le recyclage peut-il en profiter?
Virginia Janssens, directrice générale de Plastics Europe qui défend les intérêts des fabricants de matière plastique comme ExxonMobil, Ineos, LyondellBasell ou Sabic Europe, a estimé mardi que le conflit au Moyen-Orient rappelle "à quel point l'Europe est exposée aux chocs liés aux ressources fossiles".
"Une économie européenne des plastiques circulaires solide n'est pas un +plus+, mais un impératif non négociable", a-t-elle observé dans un communiqué faisant suite à un rapport sur les plastiques que l'organisation qualifie de circulaires, c'est-à-dire recyclés mécaniquement, chimiquement ou obtenus à partir de ressources biosourcées.
Ces dernières années, l'industrie européenne du recyclage plastique subissait la concurrence de plastique vierge et recyclé à très faible coût provenant d'Asie, avec des fermetures d'usines à la clé en Europe.
Il pourrait y avoir un effet d'aubaine pour l'industrie du recyclage, car "il est désormais moins cher d'acheter du recyclé que du vierge", et "2026 devrait être une année record pour le recyclage des plastiques en Europe", assure le directeur général de Plastics Europe pour la France, Jean-Yves Daclin.
A plus long terme toutefois, l'organisation estime que les problèmes de compétitivité de la production sur le sol européen, en raison notamment du coût de l'énergie, demeurent entiers.
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