- Connaissance des Énergies avec AFP
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L'ancienne présidente irlandaise Mary Robinson, très engagée sur le climat, espère un tournant lors de la première conférence internationale sur la sortie des combustibles fossiles qui se tient en Colombie cette semaine.
Cette membre du groupe des Sages ("Global Elders"), fondé par Nelson Mandela et qui rassemble d'anciens dirigeants mondiaux, présente la conférence de Santa Marta comme une occasion rare de briser la "mentalité des énergies fossiles", alors que la guerre en Iran secoue les marchés de l'énergie.
Elle a répondu à l'AFP à Santa Marta à la veille des discussions entre ministres en clôture de la conférence, mardi et mercredi.
QUESTION: Vous étiez émissaire de l'ONU pour le climat lorsque l'accord de Paris a été signé. La conférence de Santa Marta est née de la frustration à l'égard du processus onusien des COP (conférence des parties membres de la convention de l'ONU sur le changement climatique). Ces négociations ont-elles encore une utilité?
REPONSE: "Les COP restent très importantes et j'espère que Santa Marta les complétera et viendra alimenter le processus."
"Mais nous avons échoué à Belem (à la COP30) à obtenir une référence à la sortie des combustibles fossiles, en raison de la pénétration des lobbys des énergies fossiles. C'est une réalité."
"Quand nous avons planifié Santa Marta, nous ne savions pas qu'elle aurait lieu pendant la pire crise du pétrole et du gaz. Le moment est important. C'est maintenant qu'il faut changer de mentalité: sortir d'une mentalité centrée sur les énergies fossiles et aller vers un avenir fondé sur les énergies propres, les énergies renouvelables."
Q: Cette conférence à Santa Marta peut-elle changer les choses?
R: "Ce n'est pas une conférence de négociation, vous n'avez pas à vous préoccuper de négocier."
"Les pays sont venus en réfléchissant à ce qu'ils sont prêts à faire: les gouvernements, les organisations infranationales, le monde des affaires, la société civile, et l'énergie du sommet des peuples. La dynamique est réelle."
Q: Des centaines de millions de personnes dépendent des combustibles fossiles pour leur énergie. Pourquoi est-il difficile d'y renoncer?
R: "Ce sont précisément ces citoyens qui souffrent aujourd'hui de ce conflit, qui a bloqué 20% du pétrole et du gaz mondial. Ce sont les plus pauvres qui pâtissent le plus de la hausse des prix, les agriculteurs ne peuvent plus se procurer d'engrais, etc. Ce n'est pas un avenir sûr. Le moment est vraiment important pour Santa Marta."
Q: Certains Etats sont sous pression pour produire davantage de combustibles fossiles pour atténuer la crise énergétique. Comment les dirigeants peuvent-ils concilier sécurité énergétique et priorités climatiques?
R: "Nous nous rapprochons de véritables points de bascule, les scientifiques nous mettent en garde depuis des années. Mais ils sont inquiets, car les choses s'accélèrent."
"Une part insuffisante de la planification des gouvernements est fondée sur la science. L'une des choses que nous demandons, et à laquelle je tiens beaucoup, est que les gouvernements nomment des scientifiques en chef chargés des questions planétaires. Pendant le Covid, de nombreux gouvernements avaient des médecins en chef, que nous écoutions parce que nous avions peur. Ils avaient beaucoup d'autorité."
Q: La science climatique tire la sonnette d'alarme, pourtant vous semblez optimiste.
R: "Quand on entend ce que dit la science, c'est effrayant. Et nous devrions avoir encore plus peur."
"Une partie de la solution consiste à nous réconcilier avec la nature. J'en ai fait l'expérience. J'ai eu la chance de participer à une expédition scientifique au Groenland où l'on nous a dit de rester seuls un moment et d'écouter un glacier."
"Ce que j'ai pris pour un coup de tonnerre, c'était le vêlage d'un grand glacier. Puis de petits vêlages brusques, comme des coups de feu. J'en ai pleuré. J'étais là, seule, à l'écoute de la nature, et je pleurais parce que je savais que nous faisions quelque chose que nous ne devions pas faire."
"J'ai été vraiment reconnaissante d'avoir vécu ce moment où j'ai vraiment compris que la nature nous parlait et nous disait d'arrêter."
"C'est cette urgence scientifique et l'occasion historique dont nous devons nous saisir à Santa Marta, pour créer un élan".