Stations-service: pendant que TotalEnergies plafonne les prix, les petites stations tirent la langue

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Tandis que le géant TotalEnergies voit affluer les clients depuis plusieurs mois, attirés par le plafonnement des prix qu'il a mis en place, les petites stations sont plus que jamais à la peine, laissant craindre une nouvelle fragilisation de leur maillage territorial.

"J'ai eu 50% de ventes en moins, au début de la crise" au Moyen-Orient, explique à l'AFP Guillaume Tassié. Au coeur de la Drôme, à Bourdeaux, un village de 700 âmes, cet ancien cadre de la RATP a repris il y a quatre ans, un garage tout droit sorti des années 1950.

Si ces dernières semaines, ça s'est un peu redressé avec les ponts de mai, il estime être encore environ à 30% de volumes vendus en moins, à cause de la flambée des cours du pétrole et donc du carburant.

Un cas qui n'est pas isolé: 43% des stations-service traditionnelles (hors grande distribution) ont connu en avril une baisse des volumes écoulés, selon une consultation du syndicat professionnel des services à l'automobile, Mobilians.

Quant aux stations dont les ventes ont progressé, ce sont essentiellement celles opérées par TotalEnergies, en raison du plafonnement des prix à la pompe, mis en place en gage de bonne volonté par le géant de l'énergie, sous le feu des critiques pour ses profits records dopés par la flambée du pétrole.

"C'est un très grand succès", a confirmé fin avril lors d'une audition parlementaire, le directeur marketing et services Europe du groupe, Guillaume Larroque, qui a évoqué "une hausse significative" des ventes.

Derrière l'effondrement des ventes chez les petites stations, figure la crainte de voir s'accentuer un phénomène déjà ancien: la fermeture des pompes en zones rurales ou périurbaines.

Entre 1980 et 2025, le réseau de stations traditionnelles a fondu comme neige au soleil, passant à plus de 39.000 à un peu plus de 5.500, selon des données établies par Mobilians et l'Union française des industries pétrolières (Ufip).

Entre 50 et 100 stations ferment ainsi chaque année, essentiellement dans les zones reculées, notamment concurrencées par les grandes surfaces. Celles-ci ont vu leurs points de vente plus que quadrupler sur la même période, représentant aujourd'hui la moitié du réseau et 65% des volumes vendus.

De ce fait, "vous risquez d'avoir une distance d'accès au produit qui va s'allonger d'année en année et donc des zones blanches en termes d'approvisionnement de carburants", craint Francis Pousse, président du syndicat professionnel Mobilians, qui représente les stations-service traditionnelles (hors grandes surfaces), dont TotalEnergies.

- "Service public" -

"Un Leclerc, un Total, qui a 10 pompes alignées, il marge 2 centimes sur le litre, fois 10 pompes, toute la journée, ça fait un gros bénéfice", explique M. Tassié, qui n'a lui que "deux pistolets" pour vendre du gazole et du super sans plomb 95 et peine à gagner de l'argent, compte tenu des petits volumes, malgré une marge au litre plus importante.

Des difficultés accentuées par la flambée des prix du pétrole et le plafonnement mis en place par TotalEnergies: acteur intégré, "eux, ils maîtrisent leurs coûts, c'est facile pour eux", s'indigne M. Tassié, qui demande à l'Etat de baisser les taxes.

Craignant de devoir cesser cette activité, M. Tassié évoque une mission de "service public": "ceux qui ont besoin de mettre du carburant, qui font leurs courses, ils descendent de leur montagne, ils viennent à Bourdeaux dans notre village. Demain, il n'y a plus de carburants, ils font quoi? Ils vont aller à la grande ville à côté", entraînant une désaffection pour l'ensemble des commerces de sa commune.

Chez TotalEnergies, on indique avoir "ouvert depuis 2024, plus de 30 stations rurales".

Pour sécuriser le maillage, à ce jour, le syndicat Mobilians attend toujours la mise en place d'un "fonds d'aide à la diversification", négocié en 2023.

Il doit permettre aux commerçants de vendre d'autres services, mais également une aide à l'automatisation, pour permettre aux pompes de fonctionner de jour comme de nuit, "et un petit volet aussi, bornes électriques", pour ceux qui souhaiteraient poursuivre leur commerce jusqu'au siècle prochain.

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