Projet révisé de PPE : la nouvelle feuille de route présentée

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PPE janvier 2020

Ferme photovoltaïque de Puyloubier dans les Bouches du Rhône. (©EDF-Xavier Popy)

Le ministère de la Transition écologique et solidaire a mis en ligne le 20 janvier le projet révisé de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pour la France métropolitaine continentale(1). Cette feuille de route est soumise à consultation du public pendant un mois. Rappel de quelques objectifs (modifiés ou non) qui suscitent une attention particulière.

Réduction des consommations d’énergie

La PPE est l’un des deux outils précisant la feuille de route de la politique énergétique française, avec la SNBC (Stratégie nationale bas-carbone). Elle est censée indiquer, par périodes de 5 ans, la trajectoire compatible avec l'objectif de « neutralité carbone » de la France en 2050. Le projet de nouvelle PPE, à l’étude depuis 2017, fixe principalement des objectifs aux horizons 2023 et 2028(2). La « trajectoire (présentée dans le texte mis en ligne le 20 janvier 2020) diffère légèrement de celle qui avait été présentée » dans une première version fin 2018, précise le ministère de la Transition écologique et solidaire.

Dans le nouveau texte, il est désormais entre autres fixé comme objectif de réduire la consommation finale d’énergie en France métropolitaine continentale de 7,6% en 2023 et de 16,5% en 2028 par rapport à l’année de référence 2012(3). Un effort particulier porte sur la réduction des consommations des différentes énergies fossiles.

Réduction des consommations d'énergies fossiles
Le projet de PPE fixe pour objectif de réduire respectivement de 34% et 80% les consommations de pétrole et de charbon en 2028 (en énergie primaire) par rapport au niveau de 2012. (©Connaissance des Énergies)

Éolien et biogaz

Une des modifications les plus commentées du projet révisé de PPE concerne l’éolien : la cible de développement de l’éolien offshore à l’horizon 2028 a été relevée par rapport à la version antérieure du texte (objectif de 5,2 GW à 6,2 GW de capacités installés, contre 4,7 GW à 5,2 GW auparavant)(4). Dans le même temps, l’objectif de développement de l’éolien terrestre est quant à lui réduit (24,1 GW installés en 2023 contre 24,6 GW auparavant, et entre 33,2 GW et 34,7 GW en 2028 contre 34,1 à 35,6 GW auparavant).

En ce qui concerne le biogaz, le projet de PPE envisage de porter la production française entre 24 et 32 TWh en 2028 (dont 14 à 22 TWh injectés dans les réseaux gaziers, contre 0,4 TWh en 2017). « Le biogaz (injecté ou utilisé directement) représentera une part de 6 à 8% de la consommation de gaz en 2028 », prévoit la feuille de route.

La nouvelle version de la PPE mentionne un tarif d’achat « cible » de 75 €/MWh en moyenne pour les projets de biométhane injecté sélectionnés en 2023, ce qui constitue une hausse par rapport à la précédente version du projet de PPE (cible de 67 €/MWh à l’horizon 2023). En 2028, ce tarif d’achat cible devrait être réduit à 60 €/MWh. « Si ce prix moyen n’est pas atteint, les volumes alloués seront réduits afin de ne pas dépasser le niveau de dépense publique visé », précise le projet révisé de PPE.

Nucléaire

Pour le parc nucléaire, qui avait suscité une attention particulière lors du débat public sur la PPE en 2018, les objectifs de fermeture de réacteurs restent inchangés par rapport à l’an dernier : il est prévu de fermer 4 à 6 réacteurs nucléaires d’ici à 2028 en incluant les deux réacteurs de Fessenheim (et 14 au total d’ici à 2035)(5). Une part de 50% de production nucléaire dans le mix électrique français est fixée comme objectif à l’horizon 2035, conformément à la loi énergie-climat adoptée en septembre 2019.

Il est rappelé dans le projet révisé de PPE que « le Gouvernement a demandé à EDF de lui transmettre une liste de sites sur lesquels ces fermetures pourraient intervenir [...] en privilégiant des arrêts de réacteurs ne conduisant à l’arrêt complet d’aucun site nucléaire » (autrement dit, en arrêtant des paires de réacteurs au sein de centrales contenant 4 à 6 tranches nucléaires)(6).

Le projet révisé de PPE est soumis au débat public jusqu’au 19 février 2020 (pour accéder à la consultation, cliquez ici). Ce texte aura encore vocation à être complété : « les mesures détaillées explicitement dans ce document devront être complétées par des mesures supplémentaires pour atteindre l’ensemble des objectifs à l’horizon 2030 », lit-on dans la synthèse du texte. Il est précisé que ces nouvelles mesures devraient s’appuyer « notamment sur les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, ainsi que des recommandations du Haut conseil pour le climat ».

Sources / Notes
  1. Projet de PPE pour consultation, janvier 2020.
  2. Pour rappel, la révision de la PPE fait l’objet de discussions depuis juin 2017. Un débat public avait été organisé par la CNDP entre mars et juin 2018 et un projet de PPE avait été rendu public en novembre 2018 (avant d’être détaillé en janvier 2019). À la suite d’un ensemble de consultations (Conseil national de la transition écologique, Conseil supérieur de l’énergie, réunion d’échange avec les citoyens du G400, etc.), un nouveau document a été mis en ligne le 20 janvier 2020 pour consultation.
  3. La précédente version du projet de PPE fixait pour objectif de réduire de 7% la consommation finale d’énergie en France métropolitaine continentale en 2023 par rapport au niveau de 2012 (et de 14% en 2028)
  4. À cet effet, le projet révisé de PPE prévoit un renforcement des capacités attribuées dans les appels d’offres. À l'horizon 2023, l'objectif pour l'éolien offshore est de 2,4 GW de capacités installées.
  5. Selon les termes du projet révisé de PPE, le gouvernement « demande à EDF de prévoir la fermeture de 2 réacteurs par anticipation des 5e visites décennales en 2027 et en 2028 » et « pourrait également demander à EDF l’arrêt de deux réacteurs supplémentaires, en 2025-2026 » sous différentes conditions.
  6. « Sur la base de ces critères, EDF a proposé au Gouvernement d’étudier la mise à l’arrêt de paires de réacteurs sur les sites de Blayais, Bugey, Chinon, Cruas, Dampierre, Gravelines et Tricastin ».