Définition : un mélange d’hydrocarbures légers

Le naphta regroupe les hydrocarbures liquides dont les molécules comptent, en ordre de grandeur, de cinq à douze atomes de carbone. C’est ce qui le place entre les gaz (un à quatre atomes de carbone) et les coupes plus lourdes comme le kérosène ou le gazole. Il n’est ni un carburant vendu à la pompe, ni un produit fini : c’est un intermédiaire, transformé ensuite en matières plastiques ou en essence.

Au total, 15 à 30 % du pétrole brut est transformé en naphta dans les raffineries. Attention toutefois : ce pourcentage désigne la coupe naphta sortie de la colonne de distillation, dont l’essentiel part ensuite vers la fabrication d’essence. Le naphta réellement dirigé vers la pétrochimie représente une part bien plus faible du baril : aux États-Unis, le rendement 2023 des raffineries publié par l’EIA américaine s’établit à 0,34 gallon de naphtha for feedstocks et 0,08 gallon de special naphthas pour un baril de 42 gallons, soit environ 1 % du baril(1).

Ces deux chiffres, très éloignés, sont l’un et l’autre exacts : ils ne parlent simplement pas du même naphta. C’est la principale source de confusion sur ce produit, et la raison pour laquelle les volumes annoncés varient autant d’une source à l’autre.

Le naphta ne doit pas être confondu avec le naphte, qui désigne les affleurements naturels de pétrole ou de bitume au Moyen-Orient et en Asie.

Un produit issu des coupes légères

Dans les raffineries, le pétrole brut est chauffé en bas de hautes colonnes de distillation. Les différents hydrocarbures qu’il contient passent à l’état gazeux. Leur température décroissant au fur et à mesure de la montée dans la tour, chaque type d’hydrocarbure va se liquéfier à un niveau donné, ce qui permet de récupérer différentes « coupes ».

Le naphta fait partie des coupes dites légères : il se retrouve vers le haut de la colonne de distillation (les GPL se retrouvent tout en haut). Cette première étape du raffinage du pétrole ne fait que séparer les familles de molécules : les traitements qui donnent leur valeur au naphta viennent ensuite.

Le naphta est proche, par sa composition, des condensats de gaz naturel, récupérés eux en tête de puits gazier et non en raffinerie. Les deux peuvent alimenter les mêmes installations pétrochimiques.

Naphta léger et naphta lourd : quelles différences ?

On distingue le naphta léger du naphta lourd en fonction de leur température d’ébullition, donc de la taille de leurs molécules. Cette distinction n’est pas académique : elle décide du procédé qui va les traiter et donc du produit final.

Comparaison du naphta léger et du naphta lourd : nombre d'atomes de carbone, température d'ébullition, composition et débouché principal
Caractéristique Naphta léger Naphta lourd
Atomes de carbone par molécule environ 5 à 6 environ 7 à 12
Température d’ébullition de l’ordre de 30 à 90 °C de l’ordre de 90 à 200 °C
Composition dominante paraffines légères (molécules en chaîne) paraffines et cycloalcanes plus lourds (molécules en chaîne et en anneau)
Procédé de transformation vapocraquage (chauffe avec de la vapeur d’eau) reformage catalytique (réarrangement des molécules)
Débouché principal éthylène et propylène, donc matières plastiques essence à haut indice d’octane, aromatiques, solvants (white spirit)

Par rapport au naphta léger, le naphta lourd demande donc plus de chaleur pour être vaporisé : c’est l’une des raisons pour lesquelles il part vers le reformage plutôt que vers le vapocraquage. La composition des différents types de naphta reste néanmoins assez proche de celle de l’essence, ce qui explique qu’une part importante du naphta lourd finisse précisément dans les carburants routiers après reformage.

À quoi sert le naphta ?

Le naphta a deux grands débouchés, et un troisième plus marginal.

La pétrochimie d’abord. Porté à haute température en présence de vapeur d’eau (le vapocraquage), le naphta se fragmente en molécules plus petites, au premier rang desquelles l’éthylène et le propylène. Ces deux intermédiaires sont ensuite polymérisés en polyéthylène et polypropylène, que l’on retrouve dans les emballages, les films et les bouchons. L’AIE range le vapocraquage de naphta parmi les procédés de référence de la production de produits chimiques de grande valeur, avec une consommation d’énergie de l’ordre de 12 à 19 gigajoules par tonne(2). La pétrochimie est d’ailleurs devenue l’un des principaux moteurs de la demande future de pétrole.

Les carburants ensuite. Le naphta lourd passe au reformage catalytique, qui réarrange ses molécules pour élever leur indice d’octane. On en tire le réformat, c’est-à-dire le composant qui constitue l’essentiel des essences vendues à la pompe, ainsi que des aromatiques (benzène, toluène, xylènes) qui servent à leur tour de briques à la chimie.

Les solvants enfin. Certaines coupes de naphta lourd sont valorisées comme solvants industriels, notamment le white spirit. Selon la coupe, le naphta peut d’ailleurs être incolore ou de couleur brune.

Comment se forme le prix du naphta ?

Le naphta n’a pas de prix administré : il se négocie sur les marchés internationaux, et son cours suit d’abord celui du pétrole brut dont il est issu. C’est pourquoi une hausse du Brent se répercute mécaniquement sur les coûts d’approvisionnement de la pétrochimie européenne.

Le prix du baril de Brent est de 96,28 $/baril (au 4 septembre 2026) .

Chargement du graphique…
Graphique temporairement indisponible.

Source : Yahoo Finance — ICE Brent (BZ=F) — $/baril, cotations hebdomadaires sur 5 ans.

À cette référence s’ajoute un écart (prime ou décote) qui dépend de l’équilibre propre au naphta : intensité de la demande des vapocraqueurs, disponibilité des matières premières concurrentes (l’éthane issu du gaz, dont le bas prix aux États-Unis a durablement pesé sur la compétitivité de la pétrochimie européenne), niveau des stocks et coûts de transport maritime. Un même baril de brut peut donc rendre le naphta très rentable à craquer une année, et beaucoup moins la suivante.

Qui produit et qui importe du naphta ?

Le naphta est produit partout où l’on raffine du pétrole : il sort de toute colonne de distillation atmosphérique, quelle que soit la configuration de la raffinerie. Sa géographie de consommation est en revanche beaucoup plus concentrée, parce qu’elle suit celle des vapocraqueurs.

L’Asie (Chine, Corée du Sud, Japon) est ainsi la principale zone d’importation de naphta : elle abrite de très importantes capacités de transformation en matières plastiques, sans disposer d’assez de ressources pétrolières propres pour les alimenter. Le produit voyage donc massivement par voie maritime, des zones de raffinage excédentaires vers ces bassins de consommation. C’est aussi ce qui rend la chaîne pétrolière sensible aux tensions sur les routes de transport.

Existe-t-il un naphta d’origine renouvelable ?

Oui : on parle alors de bionaphta. Il ne s’agit pas d’une filière montée pour elle-même, mais d’un coproduit. Les procédés qui transforment de la biomasse ou des huiles en biokérosène et en biodiesel génèrent inévitablement, à côté du carburant visé, une fraction légère analogue au naphta.

Son intérêt est direct : chimiquement voisin du naphta fossile, le bionaphta peut alimenter les mêmes vapocraqueurs et donc produire des plastiques d’origine non fossile sans changer d’installations. Les volumes restent toutefois sans commune mesure avec ceux du naphta pétrolier, puisqu’ils sont bornés par la production des carburants dont ils sont le sous-produit.

Questions fréquentes sur le naphta

Non. Le naphta n’est pas vendu comme carburant : c’est un produit intermédiaire. Il devient un carburant seulement après transformation, quand le naphta lourd est reformé pour entrer dans la composition des essences.

La taille des molécules, donc l’état physique. Les GPL (propane, butane) comptent trois à quatre atomes de carbone et sont gazeux à température ambiante ; le naphta en compte cinq à douze et reste liquide. Dans la colonne de distillation, les GPL sortent au-dessus du naphta.

Non, mais ils sont proches. Les condensats sont récupérés en tête de puits de gaz naturel, le naphta est produit en raffinerie à partir de pétrole brut. Leurs compositions étant voisines, ils peuvent alimenter les mêmes installations pétrochimiques.

Parce que le mot désigne deux réalités. La coupe naphta représente 15 à 30 % du pétrole brut raffiné, mais le naphta effectivement destiné à la pétrochimie ne pèse qu’environ 1 % du baril selon les rendements 2023 de l’EIA américaine. Vérifier de quel périmètre parle la source est indispensable.

Sources / Notes

  1. U.S. Energy Information Administration (EIA), Refining crude oil - inputs and outputs, rendements 2023 : « In 2023, U.S. refineries produced an average of about 45 gallons of refined products for every 42-gallon barrel of crude oil they refined », dont 0,34 gallon de naphtha for feedstocks et 0,08 gallon de special naphthas. Cette part ne couvre que le naphta destiné à la pétrochimie, et non l’ensemble de la coupe naphta.
  2. Agence internationale de l’énergie (AIE), The Future of Petrochemicals : le vapocraquage de naphta y est référencé avec une intensité énergétique de 12 à 19 GJ par tonne de produits chimiques de grande valeur.
  3. Le volume mondial de naphta échangé chaque année, longtemps affiché sur cette page à « près de 100 millions de tonnes », a été retiré : aucune source primaire ne permet de le confirmer, et les estimations disponibles varient fortement selon le périmètre retenu (coupe naphta ou naphta pétrochimique) et l’année.