Dans les stations-service américaines, "on paie le prix" de la guerre

  • Connaissance des Énergies avec AFP
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Dans l'est des Etats-Unis, des Américains constatent l'envolée des prix de l'essence mi-fatalistes, mi-éberlués d'être ainsi percutés par les soubresauts de la guerre au Moyen-Orient.

"C'est horrible", lance Jeanne Williams, casquette rose sur la tête.

Habitante de la banlieue de Washington, elle vient de rouler 160 kilomètres depuis la ville de Richmond (Virginie) où elle rendait visite à sa soeur aînée.

Le défilé des chiffres sur la pompe à essence l'impressionne.

"C'est la première fois que je fais le plein depuis un moment", explique l'octogénaire à l'AFP. "Je ne suis pas en colère, je suis juste désemparée, déboussolée, mécontente (...) parce qu'on n'a pas voulu de cette guerre."

Mardi aux Etats-Unis, le prix de l'essence de base a dépassé la barre symbolique de quatre dollars le gallon (3,78 litres) en moyenne, selon les données de l'association automobile américaine, qui font référence.

La station du réseau Liberty où s'est arrêtée Jeanne Williams se situe au bord d'une route très fréquentée, logée entre une église anglicane, un garage automobile et un cabinet dentaire.

Les prix démarrent à 3.79 dollars le gallon mais à condition de payer en liquide. C'est plus cher par carte bancaire. Un peu plus loin, à l'approche de la capitale américaine, le gallon coûte 4,25 dollars.

Ancienne fonctionnaire, soignée pour un cancer, Mme Williams voyait déjà ses revenus grignotés par le prix des courses malgré "une retraite plutôt correcte". "J'ai grappillé dans mes économies. Heureusement, je n'ai pas d'enfants, pas de conjoint, juste ma soeur que j'essaie d'aider."

- "Ridicule" -

David Lee, 39 ans, fait le plein d'essence deux fois par semaine.

"J'ai l'impression que ça me coûte maintenant 10 dollars de plus à chaque fois (...) donc ça fait environ 80 dollars à la fin du mois", décrit cet anesthésiste.

"Je gagne assez pour me le permettre, ajoute-t-il, mais beaucoup d'amis me disent qu'ils prendront moins souvent la voiture à cause des prix."

Joseph Crouch est dans cette situation: "On ne peut pas voyager autant que l'année dernière. C'est ridicule. Les prix sont tellement élevés. Je ne pense pas que le gouvernement sache ce qu'il fait."

"On paie le prix" de la guerre, regrette-t-il. "Même s'ils essaient de nous dire que c'est autre chose, c'est clairement une guerre."

La casquette du septuagénaire, qui se déplace à l'aide d'une canne, proclame fièrement qu'il a combattu au Vietnam.

"Tout ça à cause de Donnie Johnnie et sa guerre stupide totalement inutile", peste de son côté Fred Koester, qui conduit un coupé Porsche, en utilisant un surnom pour désigner le président Donald (John) Trump.

A des centaines de km au nord, à New York, Luis Ramos, 26 ans, juge aussi les prix "ridiculement" élevés. "Déjà que le coût de la vie est au plus haut, l'essence maintenant... C'est incroyable."

- "Egoïste" -

Les Etats-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole et les prix - bien qu'influencés par les cours mondiaux - y restent bien inférieurs à ceux pratiqués en Europe.

Malgré tout, le sujet est utra sensible dans un pays où la détention d'une voiture semble quasi-indispensable.

Lors d'un discours fleuve devant les parlementaires américains le 24 février, quelques jours avant les premiers bombardements israélo-américains sur l'Iran, Donald Trump s'était réjoui des prix d'alors, y voyant le résultat de sa politique.

Il avait affirmé que des stations vendaient de l'essence à moins de deux dollars le gallon. La moyenne nationale tournait alors plutôt autour de trois dollars.

La guerre a provoqué une remontée très rapide à quelques mois des élections de mi-mandat que le camp présidentiel aborde avec une certaine fébrilité.

Depuis la station Virginie, Kristen - elle n'a pas souhaité donner son nom de famille - trouve un peu "égoïste" la réaction de ses concitoyens.

"Je pense qu'ils auraient dû s'offusquer de la situation bien avant que ça touche leur portefeuille", dit l'enseignante de 36 ans, qui précise n'avoir "pas voté" Trump.

Un homme revient de la caisse, où il a pré-payé 20 dollars pour mettre un peu d'essence dans sa voiture rouge, rafistolée par endroits avec du ruban adhésif.

Il refuse de commenter les prix. "Je soutiens le président", évacue-t-il.

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