- Connaissance des Énergies avec AFP
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L'Union européenne peine à réduire sa dépendance aux importations d'un petit nombre de pays pour son approvisionnement en matières premières critiques, cruciales pour atteindre ses objectifs énergétiques et climatiques, a estimé la Cour des comptes européenne dans un rapport publié lundi.
"Sans matières premières critiques, pas de transition énergétique, pas de compétitivité, pas d'autonomie stratégique", a constaté l'Estonienne Keit Pentus-Rosimannus, membre de la Cour des comptes européenne responsable de l'audit. "La situation est grave, tant nous dépendons aujourd'hui d'une poignée de pays tiers pour l'approvisionnement de ces matières."
Lithium ou nickel pour les batteries, cuivre pour les installations électriques, terres rares pour les éoliennes en mer... "La transition de l'UE vers les énergies renouvelables dépend fortement d'équipements techniques (...) qui tous nécessitent des matières premières critiques", explique l'instance lundi.
Malgré un règlement sur le sujet adopté en 2024 et censé garantir sur le long terme la sécurité d'approvisionnement de 26 minéraux jugés critiques, l'Union européenne aura dans les faits "du mal à sécuriser, d'ici la fin de la décennie, l'approvisionnement en matières premières stratégiques".
L'Europe espère notamment réduire sa dépendance à l'égard de quelques pays producteurs ou transformateurs, au premier rang desquels la Chine. Mais ces efforts "n'ont pas encore produit de résultats tangibles", relève les auditeurs de l'instance, qu'a rejoint en janvier l'ancien président de la Cour des comptes française, Pierre Moscovici.
L'UE entendait notamment s'appuyer sur le recyclage de ces matières premières stratégiques, "mais les perspectives ne sont pas encourageantes", selon la Cour des comptes européenne, avec 7 des 26 matériaux nécessaires à la transition énergétique "présentant des taux de recyclage compris entre 1% et 5%. "10 autres ne sont pas recyclés du tout".
Les projets d'extraction de ces matériaux en Europe sont encore très peu développés, et peuvent prendre des décennies avant d'être opérationnels. Et la capacité de transformation des matières critiques est "quasiment à l'arrêt" sur le sol européen, "notamment en raison des coûts élevés de l'énergie".
Tout cela "nous rend vulnérables et discrédite notre objectif d'être une puissance géopolitique forte et indépendante, surtout si l'un de nos partenaires commerciaux décide d'instrumentaliser la dépendance" européenne vis-à-vis de ces matériaux, a commenté Keit Pentus-Rosimannus lors d'un point-presse lundi.