Prix des carburants : les Français se ruent sur le bioéthanol, moins cher, mais problématique

  • AFP
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Deux fois moins cher : quand l'essence sans plomb atteint 1,60 euro le litre, le bioéthanol (E85) s'affiche à moins de 70 centimes, un cocktail à base d'alcool et d'essence qui séduit de plus en plus les Français face à la flambée du prix des carburants.

"Depuis une semaine, je reçois quatre fois plus d'appels que d'habitude pour des installations de boîtiers de conversion au bioéthanol, au point d'arriver à court de boîtiers!", témoigne David Soublin, chef d'atelier dans un garage à Cachan, au sud de Paris.

Ce garage est partenaire de l'industriel français Biomotors, qui produit des boîtiers homologués par l'État pouvant être branchés sur la plupart des moteurs à essence. Le boîtier permet aux automobilistes d'alterner entre essence et bioéthanol, au choix.

"Je branche le boîtier entre les injecteurs et le calculateur moteur, pour qu'il puisse déterminer si le conducteur a fait le plein d'essence ou bien de bioéthanol", explique David Soublin, la tête penchée sur le capot ouvert d'une Peugeot 208.

Son conducteur a payé 1.200 euros pour le boîtier, mais espère le rentabiliser au bout de trois mois, même si l'éthanol provoque une légère surconsommation : "Je roule 30 km par jour pour mon travail, alors avec la flambée du prix de l'essence, c'était le moment de passer au bioéthanol", confie-t-il.

Pari français

Dans le dépôt TotalEnergies de Gennevilliers, près de Paris, cinq camions livrent désormais de l'éthanol chaque jour. Il est mélangé avec 15 à 35% d'essence avant d'être livré aux pompes de la région.

Selon le pétrolier, l'E85 permet de réduire les émissions de CO2 de 40% par rapport à un carburant classique. Il permet ainsi aux particuliers d'éviter le malus écologique et les professionnels profitent aussi d'un abattement sur leurs taxes.

Globalement, le tarif réduit de l'E85 coûte 193 millions d'euros par an à l'État, selon le projet de Loi de Finances 2022. La région Grand Est a aussi soutenu le mouvement, subventionnant largement l'installation de boîtiers.

De rares modèles neufs sont déjà équipés, comme chez Land Rover, qui vend près d'un quart de ses SUV en version "flexfuel".

Ford a aussi présenté début octobre cinq nouveaux modèles compatibles: il compte se relancer en France en vendant une voiture sur deux au parfum d'E85 en 2022. Tous les autres constructeurs s'abstiennent pour le moment.

Une première vague de bioéthanol avait été lancée en France à partir de 2008, avec notamment la construction de cinq usines de production pour un milliard d'euros et un réseau de stations dans la grande distribution.

Pour cette nouvelle vague, TotalEnergies est passé de 200 stations équipées en 2018 à 800 en 2021, sur 2.500 stations équipées en France toutes marques confondues.

Levier d'indépendance énergétique

Alors que l'Europe se convertit à l'électrique et l'hybride, les promoteurs de l'E85, soit des agriculteurs, pétroliers et constructeurs, le présentent comme un "moyen d'accompagner les Français dans la transition" et un levier d'"indépendance énergétique" pour l'Hexagone.

Produit à partir de betterave, de blé, de maïs, et de résidus sucriers et amidonniers, surtout dans l'est et le nord de la France, le bioéthanol occupe 0,6% de la surface agricole utile en France, selon Nicolas Kurtsoglou, du syndicat national des producteurs d'alcool agricole.

Seuls la Suède, les États-Unis et surtout le Brésil avec la canne à sucre ont développé une offre aussi large de bioéthanol.

Mais le bilan environnemental reste contesté. "En termes de bilan de gaz à effet de serre, c'est un peu mieux que les énergies fossiles, mais ce n'est pas suffisant si on considère les impacts indirects", explique Sylvain Angerand, de l'association écologiste Canopée.

Il cite notamment l'utilisation de néonicotinoïdes dans les cultures et leurs effets sur la biodiversité, ainsi que la "pression exercée sur les terres et les écosystèmes", qui risque de se multiplier avec l'usage des agrocarburants dans les voitures ou dans l'aviation.

Par ailleurs, avec une France isolée en Europe dans son soutien à ces carburants, "il suffit que cet échafaudage fiscal tombe et vous avez un véhicule avec un carburant plus cher", prévient M. Angerand.

Commentaires

Christian Méda…

J'avais surtout le souvenir, au Brésil dans les années 85, de véhicules qui roulaient à l'éthanol (coccinelles VW entre autres, pourtant solide) et dont le durée de vie était considérablement réduite par la corrosion précoce des moteurs. Les problèmes commençaient deux ans après la mise en service et s’aggravaient rapidement.
La technologie a sans doute changé depuis... Qu'en est-il maintenant ?

Alexis

On pourra pas faire indéfiniment comme ça, l'état doit accepté de baisser sa taxe sur le pétrole

Laurent Barletto

L'automobiliste (dont je fais partie) doit se faire à l'idée que le pétrole bon marché c'est fini et s'adapter. Les taxes participent au budget de l'état. Si on les baisse c'est moins de capacité de fonctionnement ou plus de dette.

Albatros

Comme d'habitude, les écolos contestent tout ce qui peut toucher à l'agriculture, sans aucun début d'argument autre que de brandir des slogans... C'est navrant.

Max Maes

Le bioethanol que l'on devrait plutôt appeler agrométhanol est aussi fabriqué à partir de centaines de milliers de tonnes d'huile de palme importée, et raffinée à la raffinerie de la Mède près de Marseille.
Cette huile de palme est produite grâce à la déforestation en Indonésie, qui porte gravement atteinte aux populations traditionnelles locales et à la bio diversité.
J'ai renoncé à utiliser ce carburant.

Lecteur101

On connaît les ravages de la canne à sucre au Brésil et son impact sur la forêt amazonienne, puits de carbone essentiel à notre planète. Pour autant en France, les surfaces cultivés à cette fin sont cadrées. C’est un moyen indispensable pour accompagner ceux pour qui la voiture est vitale, à défaut de transports public, vers à terme le tout électrique / hydrogène. J’espère qu’on n’importe pas d’éthanol Brésilien. la France en exportait à la Norvège dès 2010 à partir de maïs du sud ouest, c’est je crois en chute libre, les norvégiens se sont tournés vers l’électrique depuis quelques années, Tesla s’y est développé fortement.

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