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Programme nucléaire iranien : crainte et châtiment

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Programme nucléaire iranien

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, en visite ici dans l'usine d'enrichissement d'uranium de Natanz, est de plus en plus acculé sous la pression occidentale. (©photo)

Début novembre, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a remis un rapport faisant état de ses « sérieuses inquiétudes » sur le programme nucléaire iranien. Elle y étaye la présomption occidentale que Téhéran souhaite acquérir l’arme atomique. Une visée toujours démentie par l’Iran.

Un programme nucléaire sous contrôle ?

Le programme de développement du nucléaire civil iranien n’est pas une idée neuve. La construction d’une centrale débute dès 1975 mais est interrompue par la révolution de 1979. Elle reprend dans les années 2000, avec l’aide des Russes, dans l’optique de constituer un plus vaste réseau de centrales. Celle de Bouchehr, située dans le sud-ouest de l’Iran, est la première à être connectée au réseau début septembre 2011(1).

Parallèlement, le pays développe un programme d’enrichissement de l’uranium par centrifugation, technique la plus utilisée aujourd’hui pour produire le combustible des réacteurs nucléaires mais qui peut être modifiée pour produire la matière nécessaire à la fabrication d’armes. L’Iran affirme pourtant poursuivre des objectifs uniquement civils en accord avec le Traité de Non Prolifération (TNP) dont le pays est signataire. Une ambition que les pays occidentaux mettent en doute depuis plusieurs années, eu égard à des considérations économiques – une installation industrielle d’enrichissement ne se justifie que pour alimenter des dizaines de réacteurs – et à un comportement ambigu de l’Iran vis-à-vis des contrôles de l’AIEA.

Le rapport de l’AIEA, basé sur des informations fournies par 10 pays membres et des photos satellitaires(2), acte ainsi les inquiétudes préalables des pays occidentaux et pose la question des sanctions éventuelles.

Sanctions développées ou envisagées

Compte tenu des « inquiétudes » suscitées par l’Iran, le Sénat américain a voté des sanctions contre la banque centrale iranienne pour forcer le pays à arrêter son programme nucléaire : Barack Obama est autorisé à geler les avoirs de toute institution financière étrangère commerçant avec ladite banque centrale dans le secteur du pétrole.

L’Union européenne a également durci ses sanctions, hier, en gelant les avoirs de 143 nouvelles sociétés ou organisations iraniennes en raison de leurs liens avec le programme nucléaire ou le régime (qui s’ajoutent aux 290 organismes déjà visés) ainsi que de 37 personnes supplémentaires privées de visa (s’ajoutant aux 76 personnes déjà visées).

La France, le Royaume-Uni et l’Allemagne plaident pour la mise en place d’un embargo pétrolier d’ici à fin janvier 2012. Certains pays comme la Grèce se montrent réservés sur cette option, étant donné l’importance du brut iranien dans leurs importations de pétrole(3).

En 2010, l’UE a importé 5,8% de son pétrole brut d’Iran(4). Avec plus de 4 millions de barils produits quotidiennement, l’Iran est actuellement le 4e plus grand producteur de pétrole dans le monde(5). La baisse éventuelle des exportations iraniennes pourrait être compensée par d’autres producteurs de l’OPEP, comme l’Arabie saoudite. Le jeu diplomatique reste toutefois sensible, alors que la Chine et la Russie refusent d’émettre des sanctions contre l’Iran.

Sources / Notes
  1. Elle ne devrait cependant rentrer en service qu’en mars 2012
  2. Notamment de la base militaire de Parchin (sud-est de Téhéran)
  3. 14% pour celles de la Grèce, 14,6% pour celles de l’Espagne
  4. Soit 30,3 millions de tonnes selon la Commission européenne
  5. Derrière la Russie, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis