L'avion à hydrogène, c'est « plutôt pour le XXIIe siècle » pour le patron de Safran

  • Connaissance des Énergies avec AFP
  • parue le

L'avion à hydrogène qu'Airbus espère toujours concevoir dans les années 2040 est "plutôt pour le XXIIe siècle", a estimé mercredi le directeur général du motoriste Safran Olivier Andriès, pour qui la décarbonation ne peut pas non plus passer par la réduction du trafic aérien.

La contrainte de volume de l'hydrogène liquide 

"L'hydrogène dans l'aéronautique c'est plutôt pour le XXIIe siècle. C'est séduisant parce qu'il n'y a pas de carbone dans l'hydrogène", a dit M. Andriès, également président du groupement français des industries aérospatiales (Gifas), au cours d'une audition parlementaire.

Les moteurs thermiques "que nous développons peuvent tout à fait fonctionner à l'hydrogène", mais le défi réside dans le volume de l'hydrogène liquide qui limite les capacités aérodynamiques de l'avion, et l'absence de l'écosystème, a-t-il expliqué.

"L'hydrogène pour l'aérien ne peut être que de l'hydrogène liquide qui a un volume quatre fois supérieur à celui du kérosène pour faire le même travail", a-t-il poursuivi.

Pour stocker l'hydrogène liquide, "il faut des installations spécifiques dans tous les aéroports. C'est des dizaines, des centaines de milliards d'euros d'investissement", a démontré M. Andriès. "On ne peut pas uniquement bâtir des idées sur des choses qui ne sont pas compatibles avec l'écosystème d'aujourd'hui", a-t-il fait valoir.

Un « aircraft bashing » qui n'existe nulle part ailleurs

Malgré un retard annoncé l'an dernier, le géant européen de l'aéronautique Airbus maintient tout de même le cap sur un futur avion à hydrogène. Initialement prévu à horizon de 2035, l'avion prendra de cinq à dix ans de plus pour voir le jour, avait reconnu le patron d'Airbus Guillaume Faury.

Interrogé sur un autre levier de la décarbonation comme la limitation du trafic aérien, Olivier Andriès s'est montré sceptique. En 2025, 5 milliards de passagers ont pris l'avion, "un record" et le chiffre d'affaires cumulé des compagnies aériennes du monde entier s'est élevé à 1 000 milliards de dollars, soit 20% de plus qu'avant la pandémie de Covid-19, a-t-il rappelé. "La dynamique est très forte, que cela vous plaise ou non et on est les acteurs de cette dynamique", a-t-il dit, en citant l'émergence de la classe moyenne en Inde qui "aspire à voyager".

Selon lui l'"aircraft bashing" (stigmatisation du transport aérien) qu'on peut voir "un peu en France ou en Europe n'existe pas aux États-Unis parce qu'il n'y a pas le train". Il assure que cela "n'existe nulle part ailleurs". "Est-ce que les préoccupations environnementales ont un impact sur la croissance du trafic aérien mondial ? Aujourd'hui, je ne le vois pas", a-t-il conclu.

Le secteur aérien s'est engagé à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050, un objectif rendu complexe par la croissance du trafic que ses dirigeants envisagent. L'Association internationale du transport aérien (IATA), qui fédère la grande majorité des compagnies aériennes, prévoit un doublement du nombre de passagers à l'horizon 2050, à 10 milliards par an.

En Europe, cette dynamique est toutefois contrastée: depuis la crise du Covid, la croissance du trafic est repartie mais certains pays comme la France et l'Allemagne voient la fréquentation de leurs lignes intérieures décroître sous l'effet de la concurrence du train et des politiques de voyage des entreprises intégrant davantage l'empreinte environnementale.

Commentaires

EtDF
"Pour stocker l'hydrogène liquide, "il faut des installations spécifiques dans tous les aéroports. C'est des dizaines, des centaines de milliards d'euros d'investissement", a démontré M. Andriès. "On ne peut pas uniquement bâtir des idées sur des choses qui ne sont pas compatibles avec l'écosystème d'aujourd'hui", a-t-il fait valoiré. Bien dit.. Et pour cobnstruire ces alimentations spécifiques et les outils de production de transport et stockage de l'hydrogène.. on fabrique..... sans carbone ???
gibon
oui il est plus probable que l'avion à hydrogène comme les reacteurs à fusion nucléaire apparaisse d'ici 2100 et le XXIIeme siècle. Concevoir un avion a hydrogène c'est beaucoup de contraintes malgré l'avantage de la propulsion sans carbone. Quid de la puissance de l'avion? C'est un rêve quand je pense que mon arrière grand mère avait peur des avions ! l'avion à hydrogène est aussi un defi d'infrastructure dans les aéroports et un defi pour les ingénieurs : qui sera le premier à en constuire un ? l'europe ? les usa ? la chine ? Airbus est_il dans la course ? Fautil une double aile delta pour concevoir un avion commercial à hydrogène ? combien de passagers ? oui pas avant 2100 : les ingénieurs ont du temps pour construire ce type de chef d'oeuvre ! La fusion est une vrai défi pour l'humanité comme l'avion a hydrogène. Concevoir le carburant sans carbone, l'avion idoine et les compagnies qui voudront bien l'acheter pour ses liaisons transatlantiques ou mondiales !
Vincent
Les propos de M.Andriès sont assez lunaires :
  • "le défi réside dans le volume de l'hydrogène liquide qui limite les capacités aérodynamiques de l'avion" : c'est bien pour ça que la feuille de route de Airbus concerne des avions avec un rayon d'action de 3500km maximum. Mais cette distance couvre 90% des vols et 50% du carburant consommé par l'aviation. Donc ça n'est absolument pas rédhibitoire. Pour la longue distance, il y aura le bio-kerosène.
  • "absence de l'écosystème" : c'est évidemment de la mauvaise foi. Etant donné la taille de marché potentiel pour l'aviation, ce secteur n'a besoin de personne d'autre pour démarrer, d'autant plus que ce marché sera décorrélé du reste (hydrogène liquéfié directement au niveau des aéroports, pour leur propre usage) et avec ses contraintes spécifiques propres.
  • "il faut des installations spécifiques dans tous les aéroports. C'est des dizaines, des centaines de milliards d'euros d'investissement" : quand on fait 1000 milliards d'euros par an et x2 d'ici 2050, investir quelques centaines de milliards d'euros d'ici là pour réaliser la décarbonation ne semble pas être un problème si on prend vraiment le sujet au sérieux. Par ailleurs, le e-kerosène étant beaucoup plus cher à produire, l'investissement est amorti dans le temps, si l'objectif est de décarboner. Sachant que de toute façon les conditions pour le déploiement du e-kerosène sont encore moins réunies que pour le LH2.
  • Il assure que cela "n'existe nulle part ailleurs" : du bon nivellement par le bas, argumentaire typique de ceux qui ne veulent pas agir. Prendre l'Amérique trumpiste comme exemple à suivre, ça montre le modèle de vertu du monsieur.
  • "pour qui la décarbonation ne peut pas non plus passer par la réduction du trafic aérien" : que le secteur ne veuille pas réguler son trafic, ça peut s'attendre. Mais qu'il défende qu'en même temps, une décarbonation soit possible, c'est un énorme mensonge. La croissance du trafic aérien n'est pas compatible avec sa décarbonation

Bref, ce monsieur a fait tomber le masque : il fait partie de la coalition carbone (ou alors il a vraiment de bien mauvais conseillers, ce qui serait inquiétant pour une boite de cette taille).
Paul
Pour décarboner le transport aérien on peut utiliser l'hydrogène, mais encore faut-il que cette décarbonation se fasse avec une quantité raisonnable d'électricité bas-carbone, ce qui n'est pas le cas. Avec 1 kWh d'électrification directe (PAC, VE) on décarbone 5 à 7 fois plus de CO2 qu'en produisant des carburants synthétiques. La production d'hydrogène et de carburants abusivement qualifiés de "SAF" est en fait contreproductive pour réduire les émissions CO2, tous secteurs inclus. Il faut d'abord décarboner la production électrique, ensuite le transport routier et le chauffage. Les avions long-courrier resteront au kérosène; pour réduire ses émissions, ce secteur aérien devra financer de l'électrification directe au niveau qui serait nécessaire pour le décarboner, cf. Cedric Philibert. C'est une compensation effective et réaliste, car l'hydrogène (production, réseau, stockage) est une chimère.

Ajouter un commentaire

Suggestion de lecture