SMR : une « forte dynamique » mais quel potentiel réel de développement ?

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Visuel du micro-réacteur XAMR® de 4e génération de NAAREA

Visuel du micro-réacteur XAMR® de 4e génération de NAAREA. (©NAAREA)

Les petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) « bénéficient aujourd'hui d'une conjonction inédite de facteurs qui les crédibilisent », souligne EY-Parthenon(1) dans un rapport présentant les opportunités et les défis de ces installations. 

Rappels sur les SMR

Pour rappel, un « SMR » (Small Modular Reactor en anglais) désigne un ensemble de réacteurs nucléaires de plus faible puissance (2 à 300 MW) que les grandes tranches actuellement en service dans le monde (de l'ordre de 900 à 1 600 MW dans la plupart des cas).

Les SMR ont en commun d'être fabriqués en usine sous forme de modules industrialisés directement installables sur site (où ils peuvent être additionnés).

EY-Parthenon rappelle que le terme de « SMR » englobe généralement « par abus de langage » des petits réacteurs de 3e génération (ou génération III+) mais aussi les « AMR » (Advanced Modular reactors) qui désignent « des réacteurs de génération IV (réacteurs à très haute température, sels fondus, métal fondu) permettant notamment de recycler du combustible usé ou de mettre en œuvre des solutions de sûreté passive mais dont la maturité est encore faible ».

400 à 700 SMR dans le monde en 2050

EY-Partenon anticipe une mise en service des premiers démonstrateurs SMR aux alentours de 2030, « avec une réelle accélération de leur déploiement à partir des années 2040 » (et l'émergence des installations de 4e génération au cours de cette décennie).

À l'horizon 2050, le cabinet-conseil prévoit que 400 à 700 SMR (d'une capacité cumulée d'environ 60 à 100 GW) pourraient avoir été déployés dans le monde.

Un marché potentiel de 70 à 120 milliards de dollars

Le marché potentiel des SMR en 2050 est estimé par EY-Parthenon entre 70 et 120 milliards de dollars, avec deux grandes activités :

  • la construction des unités de production, « activité très capitalistique mais non récurrente » (estimation de 50 à 90 Mds $/an en 2050, pour 5 à 10 GW de capacités construites annuellement) ;
     

  • l'exploitation desdites unités, incluant la gestion des installations et la fourniture de combustible (estimation de 20-30 Mds $/an en 2050, pour un parc installé de 60 à 100 GW à cet horizon).

Des applications variées

Selon EY-Parthenon, près de la moitié des SMR en 2050 - des réacteurs à eau pressurisée à la technologie mature fonctionnant à une température de l'ordre de 300°C - pourraient être dédiés à la production d'électricité injectée sur le réseau (39%) et à la fourniture de chaleur dans les réseaux urbains (11%). 

Les SMR « fonctionnant à plus haute température permettront d’adresser les besoins de la métallurgie ou de la chimie à l’instar des HTGR (High Temperature Gas-cooled Reactor, 800°C) » : production d'hydrogène (17% des SMR en 2050), acier et aluminium (14%), ciment, verre et céramique (6%), etc.

Près de la moitié des futurs SMR localisés dans la région Asie-Pacifique

D'un point de vue géographique, « les régions où les SMR ont le plus de chances de se développer sont celles proposant à la fois un tissu industriel à décarboner, un vivier de compétences, un fort soutien financier et réglementaire ainsi qu’une politique volontariste de réduction des émissions de gaz à effet de serre ».

Sur la base de ces critères, EY-Parthenon envisage un développement particulier en Asie-Pacifique (48% des SMR estimés en 2050), en Europe (17%) et en Amérique du Nord (16%).

Si la demande de clients finaux pour les SMR « émerge et entraine un investissement privé de plus en plus significatif », le cabinet de conseil en stratégie souligne 4 grands défis pour accélérer la dynamique de ces réacteurs : un soutien gouvernemental avec une bonne visibilité pour les filières SMR, un cadre réglementaire adapté, un renforcement de la supply chain et une coordination des travaux des différents acteurs de l'écosystème des SMR.

Consulter le rapport « The true power of small modular reactors on the road to a sustainable energy future » (EY, mars 2024, 44 pages).

Sources / Notes

  1. Branche mondiale de conseil en stratégie d'Ernst & Young.

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