Nucléaire : perspectives pour les petits réacteurs modulaires dans le monde

  • Source : Ifri

Alors que l'image de l'industrie nucléaire pâtit des surcoûts et retards des têtes de proue de la 3e génération de réacteurs de grande puissance (en particulier l'EPR en France et en Finlande et l'AP1000 aux États-Unis), les petits réacteurs modulaires dits « SMR » suscitent un regain d'intérêt. De nombreux projets sont développés par différents types d'acteurs, « allant principalement des entreprises d'État russes et chinoises à une multitude de start-up nord-américaines ». Selon l'Agence pour l'énergie nucléaire de l'OCDE, ces SMR pourraient compter pour au moins 10% des nouvelles capacités nucléaires développées entre 2020 et 2035.

Dans l’étude ci-après publiée le 27 mai par le Centre Énergie de l’Ifri, Charles Merlin(1) évalue « les perspectives offertes par ces technologies et ses implications économiques et politiques potentielles ». Il y présente les différents types de SMR en projet et les nombreuses utilisations visées : production d'électricité mais aussi de chaleur pour des applications variées, dessalement, production d'hydrogène, etc. 

Dans une première partie, il effectue un état des lieux de la filière nucléaire mondiale, en rappelant les fortunes diverses de ses grands acteurs : des « désastres de l'industrie japonais » - qui avait pourtant mis en service les premiers réacteurs de 3e génération à la fin des années 1990 mais subit aujourd'hui les suites de l'accident de Fukushima Daiichi - à la Chine qui constitue la « puissance montante » avec 13 réacteurs nucléaires en construction et des plans pour 43 tranches supplémentaires d'ici 2025. Il est par ailleurs rappelé que la Russie est actuellement le « vrai leader mondial du nucléaire à l'export » avec son entreprise Rosatom dont le carnet de commandes dépasserait 300 milliards de dollars.

La seconde partie de l'étude présente « le changement de paradigme » associé aux SMR par rapport aux réacteurs de grande puissance aujourd'hui en chantier. Charles Merlin y rappelle que les partisans de ces réacteurs - ayant vocation à être construits de façon standardisée en usines, en quantité importante - « font le pari que l'augmentation de coût de l'îlot nucléaire (réacteurs et turbines) par kWe installé sera largement compensée, en particulier par la diminution des travaux d'ingénierie civil ».

Dans la « course » lancée autour des SMR, l'auteur estime que la France dispose de deux « voies » possibles à court et moyen termes : accélérer le développement du concept F-SMR porté par le consortium SMR France (EDF, CEA, Technicatome et Naval Group) et « prendre part à une entreprise américaine avec un design de SMR à eau pressurisée » (probablement NuScale ou Holtec), en envisageant des synergies avec EDF.

Aux États-Unis, rappelons que le Department of Energy a alloué près de 1,2 milliard de dollars aux SMR et réacteurs avancés depuis 2011, dont environ 540 millions de dollars de subventions directes aux acteurs développant différents « designs » (en particulier près de 290 millions de dollars pour NuScale qui a déjà signé un contrat pour la construction d'une centrale constituée de 12 modules de 60 MW chacun).

Coûts de construction du nucléaire
La Chine a mis en service son premier EPR et son premier AP1000 en 2018, bénéficiant d'un contexte favorable par rapport aux constructions en cours en Europe et aux États-Unis : régulation, impulsion politique, tissu industriel robuste, etc. (©Connaissance des Énergies, d'après Ifri)

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Sources / Notes
  1. Charles Merlin travaille dans le secteur nucléaire aux États-Unis comme expert indépendant pour cette filière et dans les réseaux électriques.